Afropean Soul

Afropean Soul et autres nouvelles de Léonora Miano

L’auteure a acquis ses lettres de noblesse dans le cercle des Belles Lettres françaises, obtenant entre autres le prix Fémina en 2013. Son oeuvre est diverse : essais, romans, nouvelles. Pour ma part je trouve son oeuvre inégale mais elle a le mérite de proposer avec Afropean Soul et Blues pour Elise (qui sera chroniqué ultérieurement) des univers trop peu appréhendés : ceux des Afro-Antillais contemporains de France.

Telle ne fut pas ma surprise quand je suis tombée sur ce petit recueil de nouvelles que je propose à l’étude à mes élèves de 3e qui s’en régalent.
Les thèmes abordés sont divers. Dans le premier texte « Depuis la première heure » un jeune homme en exil fait l’amère expérience de la vie de « sans papier » en Occident. Par le biais de la focalisation interne, le personnage songe à ce qui lui serait permis de dire de retour au Cameroun, sur cette vie si difficile à Mbeng. Le travail au noir, les compatriotes qui empruntent des sommes folles pour se pavaner en vacances au pays etc.

Dans « Fabrique de nos âmes insurgées » le petit Adrien vit avec sa mère célibataire et forme donc avec elle une famille monoparentale. Sa mère pourtant diplômée n’a pas obtenu d’emploi à la hauteur de ses compétences et doit donc occuper des postes subalternes. Elle n’est donc pas très souvent à la maison ; Adrien, peu à peu, va se trouver une nouvelle famille dans le quartier misérable qu’il habite mais nous devinons que ce sera un choix malheureux.

La nouvelle qui me touche le plus est « Filles du bord de ligne » ; le récit dépeint des adolescentes vivant dans des quartiers populaires que chacun de vous chers lecteurs, pourra très facilement identifier. Cette nouvelle pose la question du fossé qui est établi entre différents espaces mentaux : le monde des parents attachés à leurs coutumes et incapables d’ouvrir le dialogue avec leurs enfants nés dans une autre civilisation où les vedettes de la musique servent de modèles heureux ou malheureux. Des espaces géographiques scindent les citoyens en catégories qui ne se rencontrent jamais. Ces adolescentes pratiquent alors le vol pour obtenir les objets vénérés dans leur société de consommation et qui ne sont pas à leur portée. L’univers chatoyant des clips vidéo leur apparaît comme un horizon indépassable : belles fringues, belles voitures et beaux gosses basketteurs pour amoureux, la vraie vie quoi !

L’art de la nouvelle consistant à « aller à l’essentiel » est magistralement maîtrisé par l’auteure Léonora Miano qui établit des constats, propose des tranches de vie dont elle ne fait aucun commentaire. Hélas les textes s’achevant sur des fins ouvertes augurent mal du destin des personnages. Il s’agissait bien de sonder les âmes torturées de nos contemporains africains-antillais dont certains vivent des vies vraiment trop difficiles. Elle nous offre ici un éclairage pertinent sur des mondes loin d’intéresser la plupart des journalistes, politiques, sociologues et romanciers.

Très bonne lecture !

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Editions Flammarion, 2008

Un commentaire


  1. Il y a beaucoup de musique dans ce livre…on ne s’ennuie pas en le lisant.

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