Rencontre avec Momi Mbuze

Rencontre avec Momi Mbuze

1. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots? J’aime toujours commencer en disant que je suis père de famille, originaire du Congo-Kinshasa. J’ai trente huit ans, de formation comptable. Je suis une personne engagée pour la cause panafricaine, auteur, blogueur, penseur, bref, je suis Momi M’BUZE NOOGWANI ATA YE MIEKO.

2. Pourquoi avoir choisi d’écrire de la Fantasy? Avez-vous des oeuvres références dans ce genre littéraire? Disons que c’est un genre littéraire très peu exploité dans le milieu littéraire africain d’expression française. Notre génie littéraire est accaparé par des domaines comme la sociologie, les sciences, la spiritualité, la religion, la politique (surtout elle) et l’histoire. Or pour transmettre le goût de ces choses « scientifiques »aux plus jeunes ou du moins vulgariser les concepts diffusés sur le plan historique, sociologique, spirituel, politique et autre, il faut un genre qui permet de faire la fusion du tout: la fiction. LE but est vraiment d’emmener les lecteurs vers des ouvrages cités plus haut ou du moins exciter leur curiosité pour ces choses là mais en rapport avec l’Afrique et les Africains. Le genre Fantasy permet d’ancrer dans l’imaginaire du public des codes, des concepts et des mythologies propres à un paradigme précis, une vision du monde qui nous entoure, vus selon le prisme de la culture qui nous est propre. Dans ce genre littéraire, toutes mes références sont non africaines car ce sont les seules qui jusque là, sont arrivées à moi par le moyen du cinéma: J.R. Martin avec Game Of Thrones, J.R.R Tolkien avec le Seigneur des Anneaux et bien d’autres comme J.K. Rawlings avec la saga Harry Potter.

3. Comment écrivez-vous? A la maison ou en déplacement? Dans un endroit calme ou dans le bruit ambiant? Disons que je me suis organisé de sorte à pouvoir écrire partout et en tout temps. Ma seule limite est le signal d’alarme de mon corps me disant qu’il est « temps de faire un petit som « . J’ai publié il y a une année sur mon site un article dans lequel je donne des trucs et astuces pour écrire un livre d’un trait sans connaitre le phénomène de la « page blanche ». http://www.mbuze.com/mes-astuces-pour-ecrire-un-livre/?v=d3dcf429c679  Grâce à mes trois outils de travail que sont mon téléphone, ma tablette avec dock clavier et mon ordinateur à la maison, je suis constamment à jour au niveau de mes manuscrits. Mais la vraie astuce est qu’avant d’écrire, à proprement dit, je mets déjà par écrit la structure complète du livre avec toutes les idées d’actions, de dialogues et des détails. Ce qui fait que lorsque je commence à écrire, ça va tout seul. Raison pour laquelle j’ai écrit ma trilogie  » Les chroniques de l’Empire Ntu » en six mois. J’écris de préférence la nuit ou en écoutant une musique d’ambiance adaptée à l’écriture. Je la trouve sur Youtube ou alors dans le répertoire d’artistes africains comme Sona Jobarteh (titre « Kemet ») ou Fatoumata Diawara (titre: « timbuktu »). Mais écrire demande de la concentration, alors même si je suis quelqu’un d’assez structuré, j’ai besoin d’être dans mon « monde » pour pouvoir être productif.

4. Qu’est ce qui vous a motivé à opter pour l’autoédition? Etait-ce  vraiment un choix? Bon, pour l’autoédition on va dire que c’est un choix qui s’est imposé à moi au fil du temps pour des raisons de souplesse de travail mais surtout de gestion de mes ouvrages de sorte que si je veux les faire imprimer en Afrique, par exemple, pour mes lecteurs du continent, je n’ai pas à demander l’autorisation de qui que ce soit. Mais la vérité est qu’au départ je cherchais un éditeur pour me publier. Compte tenu des raisons données ci-dessus sur la rareté d’œuvres de ce genre littéraire que je promeus, aucun éditeur ne semblait intéressé par mes manuscrits notamment les éditeurs (pan)africains, un peu trop frileux sans doute à l’idée de se lancer dans un créneau qu’ils ne connaissent pas car il faut insister dessus; dans le milieu francophone, les récits de fiction, surtout comme les miens, ne trouvent pas vraiment l’accueil qu’il leur aurait été réservé dans un milieu anglophone. Donc oui, c’était devenu inévitable et je devais procéder de cette manière là car si j’avais attendu certains éditeurs (africains) je serai encore à ce jour en train d’attendre car… désolé de le dire mais, c’est assez consternant de voir le peu d’intérêt de ces structures qui ensuite sont venues me faire savoir que mon ouvrage est vraiment super intéressant et innovateur. Espérons que votre succès leur serve de leçon et qu’ils se montrent moins frileux à l’avenir envers de jeunes auteurs souhaitant s’illustrer dans ce domaine.

5. Vous êtes très actif sur les réseaux sociaux; qu’est ce que cela vous apporte? Pour moi les réseaux sociaux sont un outil de communication et de travail, c’est-à-dire, pour découvrir et faire découvrir, apprendre moi-même et apprendre aux autres. Beaucoup de personnes avec lesquelles j’ai collaboré pour mes livres, sont des personnes rencontrées sur les réseaux sociaux depuis des années. Et puis, c’est la possibilité de garder le contact avec ceux qui sont sur le Continent Premier (Afrique), dans les caraïbes et ailleurs, dans tous ces endroits où vivent des africains et des afro-descendants.

6. Notre blog publie des chroniques de livres et des conseils de lectures; pouvez-vous nous citer un titre pour la jeunesse, une œuvre historique ou politique et enfin une fiction? Pour les livres jeunesse, je recommande « Adinkra » du frère Dabo et bien sûr les kemti du frère Djehuti Biyong dont tous les livres trônent dans la bibliothèque de mes enfants. Pour les livres historiques, je recommande « Les Peuples Bantu: identité, migration et expansion culturelle » ou « Du Sang Bleu à l’encre noire » de la sœur Natou Pedro Sakombi. Pour la fiction, je vous recommande « Kemetos, le Nouveau Paradigme ». Une saga de science fiction d’anticipation au sujet de l’Afrique au 23eme siècle, devenue les Etats Unis d’Afrique. Mais je pense que ceci fera l’objet d’une autre interview (rire). Excellents choix!!

7. Je vous laisse le mot de la fin; que pouvez-vous ajouter qui donne à tous l’envie de vous lire? J’aime toujours cette citation que m’avait dite mon père, alors que je n’avais même pas encore quinze ans, qui dit « LA Lecture est la nourriture de l’Esprit ». Non seulement la lecture ouvre notre esprit à des connaissances que nous pensions hors de portée mais elle éveille notre être en travaillant sur nos rêves, nos desseins, notre vision du monde et, sur un plan plus pratique, elle permet d’améliorer et enrichir notre vocabulaire. Lire demande du temps et de la patience, deux choses que ce monde de consommation nous vole à petit feu, faisant de nous des esclaves d’un mode de vie à 2000km/h. 
Cultivons le temps comme on cultiverait des champs, ça ne pourra que nous enrichir et nous permettre d’enrichir les autres. Je parle en connaissance de cause car je suis le produit de cette transmission. Mon père a veillé et fait en sorte que je puisse grandir entouré de livres, de connaissances et surtout que je puisse développer ma culture générale et mon imaginaire.
Je vous remercie très chaleureusement d’avoir accepté de répondre à mes questions et je vous souhaite de très nombreux nouveaux lecteurs.

Fifi et Patou

Fifi et Patou

« L’identité africaine est dans les langues »

L’un de mes plus grands regrets est de ne pas avoir appris à parler ma langue africaine lorsque j’étais une enfant. Mes parents, comme beaucoup d’autres, croyant bien faire, ont privilégié le français.

Aujourd’hui je suis à l’affut de tous supports qui aident les parents à transmettre plus facilement leur langue à leurs enfants et qui permettent également à tous ceux qui le souhaitent, de s’initier à une ou plusieurs langues africaines.

J’ai naturellement été séduite par le concept de Fifi et Patou des Editions Jeannette Kibangu. Ces deux enfants africains et leur chien Popo sont les joyeux héros de jeux, de cahiers d’activités et de livres qui sont disponibles dans treize langues ; Bambara, Bemba, Fongbé, Kikongo, Lari, Lingala, Mina, Pulaar, Soussou, Soninké, Swahili, Tshiluba et Wolof. Certains livres sont personnalisables. Les titres disponibles sont:

Fifi et Patou chassent les insectes

Fifi et Patou, l’anniversaire

Fifi et Patou rencontrent…

Fifi et Patou et l’enfant couleur de lune

Kwamé Nkrumah par Fifi et Patou

 

Lagos lady

Lagos  lady de Leye Adenle

Avec Lagos lady, le nigérian Leye Adenle signe un remarquable premier roman déroulant  une intrigue bien menée à un rythme effréné.

Son personnage, le journaleux Guy Collins est envoyé par son employeur à Lagos, la capitale économique du Nigéria, pour couvrir les élections présidentielles. Le soir même de son arrivée, il s’aventure seul dans la mégapole nigériane et se retrouve malencontreusement embarqué par la police, après le meurtre ultra violent d’une jeune prostituée. Il est délivré de sa geôle par la sublime Amaka, qui lie son sort au sien. Cette surperwoman, ange gardien des filles de la rue, un brin tête brûlée, est selon moi la véritable héroïne de cette histoire. Avec Guy Collins le journaliste naïf et maladroit, elle forme un duo d’enquêteurs détonnant, qui tentera de résoudre une très sombre affaire de crimes rituels.

Leye Adenle décrit dans son roman un univers violent et impitoyable dont les jeunes femmes sont les premières victimes. Par le biais de cet ouvrage, il dénonce la criminalité endémique et la corruption qui gangrène la société nigériane tout en creusant irrémédiablement l’écart entre les plus riches retranchés à Victoria Island et les plus pauvres qui survivent à peine dans les bas quartiers.

Il ne m’aura fallu que quelques heures pour dévorer ce polar à la sauce nigériane. Quelques trois cent trente trois pages qui m’ont plongée au cœur de Lagos ;  la ville la plus dangereuse d’Afrique.

Lagos lady est à la fois un roman policier sombre et violent mais également un polar afro drôle et palpitant ; je vous le recommande !

Métailié, 2016

Esclavages

Esclavages

La mise en esclavage des populations d’Afrique a été une trop longue et trop sombre page de l’histoire de l’Humanité. Pourtant elle demeure peu connue. Les écrivains jouent un grand rôle dans le devoir de mémoire qui nous incombe à tous. Celui-ci implique de se souvenir des innombrables victimes mais également de prendre connaissance des récits, témoignages, fictions, réflexions et analyses qui existent sur le sujet. Voici une liste non exhaustive de livres sur le thème des esclavages. Ces ouvrages nous permettent de « lire cette page avant de la tourner »! Lesquels avez vous lus? Quels autres ouvrages conseillez-vous?

Quelques autobiographies :

Le récit de William Wells Brown esclave fugitif, écrit par lui-même

Incidents dans la vie d’une jeune esclave de Harriet Jacobs

Ma véritable histoire: Africain, esclave en Amérique, homme libre de Olaudah Equiano

Autobiographie d’une esclave de Hannah Crafts

La vie de Frederick Douglass esclave américain écrite par lui-même

Quelques romans :

Segou de Maryse Condé

Racines de Alex Haley

L’esclave vieil homme et le molosse de Patrick Chamoiseau

Beloved de Tony Morrison

La Saison de l’ombre de Leonora Miano

Humus de Fabienne Kanor

Le Monde connu de Edward P. Jones

En littérature jeunesse :

Chiens fous dans la brousse de Maryse Condé

Mémoires de l’Esclavage, tomes 1 à 5  de Serge Diantantu

L’Esclave Olaudah Equiano, les chemins de la liberté de Régine Mfoumou-Arthur

L’Esclavage racontée à ma fille de Christiane Taubira

Larmes noires de Julius Lester

La Légende de Taïta Osongo de Joel Franz Rosell

 Quelques essais et études :

La Traite négrière européenne, vérité et mensonges de Jean Philippe Omotundé

La Férocité blanche, des non-blancs aux non-aryens, ces génocides occultés de 1492 à nos jours de Rosa Amelia Plumelle-Uribe

Quand l’Africain était l’or noir de l’Europe de Rigobert Bwemba-Bong

Quand les Noirs avaient des esclaves blancs de Serge Bilé

Le Génocide voilé de Tidiane N’Diaye

Esclavage et réparations de Louis-Georges Tin

Homegoing

Homegoing de Yaa Gyasi

L’histoire relatée dans Homegoing débute au XVIIIe siècle en Afrique occidentale, dans un territoire correspondant à l’actuel Ghana, pays dont est originaire son auteur Yaa Gyasi.

Maama, après s’être enfuie de chez Cobbe, son maître Fanti, en lui abandonnant leur fille Effia, a épousé  Grand Homme Asare un Ashanti avec lequel elle a eu une autre fille prénommée Esi. Effia sera mariée à un Anglais capitaine du Fort de Cape Coast et mènera une vie confortable au dessus des cachots regroupant les captifs victimes du commerce triangulaire. Sa sœur Esi sera emprisonnée au dessous après avoir été raflée dans son village, pour ensuite être expédiée en Amérique en tant qu’esclave.

D’un chapitre à l’autre nous voyons les descendants des deux sœurs se débattre avec leur destin. Du côté américain, les descendants de Esi subissent l’esclavage dans les champs de cotons, les travaux forcés, la ségrégation raciale, la violence sociale, la violence policière et le racisme. Du côté africain, les descendants de Effia subissent les guerres tribales et le métissage qui entretiennent la traite des esclaves initiée par les Portugais à la fin du XVe siècle, la guerre de résistance contre les Anglais, la colonisation et la néo-colonisation. A travers l’histoire de cette famille Fanti et Ashanti, c’est véritablement trois siècles d’histoire des Africains du continent et des Afro-américains qui se déroulent sous nos yeux.

Grâce à son talent incontestable Yaa Gyasi réussit brillamment à mêler la fiction et l’histoire pour nous toucher en plein cœur. Son projet très ambitieux a nécessité sept ans de recherches et de travail narratif; le résultat est absolument magistral. Ce récit se révèle d’une rare intensité et à mon avis il a une portée que nous ne pouvons pas encore mesurer pleinement aujourd’hui.

Ce texte nous rappelle que nous ne mesurons pas assez l’impact de notre mémoire transgénérationnelle dans nos vies. Tandis que nombreux sont ceux qui nous exhortent à l’oubli, ce texte de Yaa Gyasi semble au contraire encourager chacun à dérouler le fil de sa propre histoire familiale. Parce qu’ils ont un impact dans nos vies, les traumatismes subis par nos ancêtres doivent être reconnus pour qu’enfin nous puissions en guérir.

Titre en français No home

Calmann-Lévy, 2017

Abiola et la plante magique

Abiola et la plante magique de Iman Eyitayo

Iman Eyitayo est une hyperactive passionnée d’écriture et de lecture. Très dynamique, elle est à la fois écrivain, booktubeuse, traductrice et éditrice. Elle connaît un succès grandissant grâce à Cœur de flammes, sa saga fantastique en plusieurs tomes. Iman Eyitayo est également l’auteur de ce très bel ouvrage pour enfants intitulé Abiola et la plante magique, joliment illustré par la dessinatrice réunionnaise Mégane Cuvellier.

L’histoire se déroule au Bénin, pays situé en Afrique de l’ouest dont est originaire Iman. Pour Abiola et ses deux meilleurs amis Hui Lin et Francis, c’est enfin le début des grandes vacances scolaires. Pourtant la joie n’est pas au rendez-vous pour Abiola ; sa grand-mère dont elle est très proche est malheureusement très malade. Nos trois héros vont partir à la recherche de la plante magique qui pourra la guérir. Ils devront notamment affronter les fameux zangbétô qui sont les gardiens de la nuit dans les rues de Porto-Novo.

Cette histoire fait voyager ses lecteurs au Bénin et leur fait découvrir sa culture si riche en mystères. D’autre part, l’amitié qui lie ces trois enfants très différents est vraiment très inspirante. « Leurs différences ne les séparaient pas bien au contraire. Ils apprenaient toujours les uns des autres et étaient amis pour la vie tout simplement ». En effet les trois enfants tout en restant fidèles à leur culture sont ouverts à celles de leurs camarades. Ce trio international béninois, chinois et français nous apprend qu’être soi-même ce n’est pas être contre les autres.

En attendant de découvrir les prochaines aventures de nos trois héros, je vous invite à plonger dans cette belle aventure qui séduira aussi bien les petits enfants que les grands!

Editions Plumes Solidaires, 2016

Gbehanzin

Gbehanzin

Cette bande dessinée est le fruit d’une collaboration artistique 100% béninoise entre la scénariste Sonia Houenoude Couao-Zotti, le scénariste écrivain Florent Couao-Zotti et l’illustrateur Constantin Adadja.

Cet album retrace la vie du roi Gbehanzin, véritable héros national au Bénin, célèbre pour avoir résisté aux colons français. Il nous relate son accession au trône à la mort de son père le roi Glèlè en 1890, sa lutte sans merci contre l’occupation française avec l’appui de son corps d’élite féminin des Agodjié, plus connu sous l’appellation occidentale des amazones, son passage dans le maquis avant sa reddition et sa déportation en Martinique et finalement son décès en exil survenu en Algérie en 1906.

Sur la couverture de l’album, le roi Gbehanzin apparaît de dos; cette image renvoie les lecteurs à cette règle en vigueur à la cour d’Abomey qui interdisait à quiconque d’observer le souverain de face. L’ouvrage a été remarquablement réalisé à l’aquarelle par le dessinateur Constantin Adadja. Le choix de la bande dessinée contribuera à rendre cette histoire encore plus attrayante pour les plus jeunes, toutefois cet ouvrage me semble à destination de tous les béninois, jeunes et moins jeunes. J’espère que de telles initiatives se multiplieront à l’avenir et pas seulement au Bénin. Cet album est précieux parce que c’est une œuvre artistique très réussie mais également parce que nous manquons cruellement de récits des combats et des luttes d’Africains insoumis.

Les récits historiques les plus répandus font croire à tous que les Africains et les Afro descendants ont toujours subi les pires sévices infligés par les esclavagistes, colonisateurs et néo-colonisateurs sans jamais résister. Peu de place est accordée aux récits de ces résistances. Plus que jamais les Africains et Afro descendants conscients ont besoin d’être inspirés et galvanisés par ces récits de résistances afin de mener les combats actuels qui permettront de vaincre enfin les ennemis de l’Afrique.

«Seule la lutte libère!»

Laha Editions, 2016

L’anniversaire de la princesse Arabella

L’anniversaire de la princesse Arabella de Mylo Freeman

Mylo Freeman est une artiste afro hollandaise formée par les Beaux arts. Elle a d’abord travaillé dans la publicité avant de se lancer dans la littérature jeunesse en tant qu’auteure et illustratrice.

La princesse Arabella est l’héroïne récurrente de plusieurs de ses albums pour enfants. Dans ce livre, la petite princesse fête son anniversaire et en digne enfant gâtée qu’elle est, Arabella exige de ses parents, le roi et la reine, un cadeau exceptionnel et très vivant. Elle s’en trouvera bien attrapée!

Cette histoire magnifiquement bien illustrée plaira à tous les enfants à partir de trois ans. Ce texte contient aussi une chute philosophique faisant de cet album un bon outil pour accompagner la petite enfance. En effet lire est aussi indispensable pour les enfants que rire, et certaines histoires leur permettent véritablement de grandir.

Je vous invite à vous plonger avec vos petits dans cette histoire savoureuse pleine d’humour, en espérant que d’autres titres de cette formidable auteure et illustratrice soient bientôt traduits en français.

Editions Oskar jeunesse, 2009

Les voleurs de sexe

Les voleurs de sexe de Janis Otsiemi

Chronique proposée par le journaliste écrivain Anthony Mouyoungui, que vous pouvez suivre sur son site  anthonymouyoungui.blogspot.fr

Les voleurs de sexe : une plongée dans les bas-fonds de Libreville.

Lorsque j’ai eu ce livre en mains j’ai souri car le titre m’a fait penser à une psychose qui a régné à Pointe-Noire, capitale économique du Congo, autour des années 2007 et 2008 consécutive à une rumeur sur les voleurs de sexe de façon mystique. J’étais alors reporter pour DVS+, une station de radio et de télévision locale, mais contrairement aux inspecteurs Koumba et Owoula de la P.J. de Libreville, deux protagonistes du roman de Janis Otsiemi, je n’ai pas pu tomber sur un voleur ni sur une victime ! Par la suite, la rumeur s’était dissipée au vent, remplacée par une autre.

Dans le polar de Janis Otsiemi, les policiers enquêtent sur trois affaires en dix jours: le vol de sexe, les photos du président et le braquage. Les enquêtes se déroulent en parallèle sans nuire à l’ensemble, les personnages évoluent dans un même univers sans contact direct les uns avec les autres. Ce qui m’a fait penser à ‘’Collision’’, le film de Paul Haggis qui relate plusieurs évènements qui n’ont aucun lien apparent entre eux sauf le lieu où ils se déroulent. Le roman de Janis Otsiemi est construit selon le même schéma, ce qui fait de Libreville le personnage central du roman. En effet, les trois affaires ont pour scène la capitale gabonaise.

Les voleurs de sexe est un roman très sombre et très violent; la plupart des scènes se déroulent la nuit. Cette violence et cette noirceur transparaissent aussi dans les dialogues entre les personnages. L’écriture de l’auteur, teintée parfois d’humour, fait la part belle aux expressions typiquement gabonaises. Ce roman est une plongée dans une face de Libreville inconnue du grand public ; un univers impitoyable où se côtoient flics véreux, grands bandits et petits malfrats sans envergures, opportunistes et naïfs, qui ont tous un point commun : leur envie de s’en sortir et de tirer leurs épingles du jeu dans un pays dominé par un clan. Pour cela, tous les moyens sont bons : corrompre, voler, tromper, mentir, intimider et tuer.

Ce roman n’est pas uniquement un polar, mais c’est aussi une lumière braquée sur les maux qui minent le Gabon : la corruption, le clanisme et la mauvaise gestion de la chose publique. Son auteur nous offre une peinture réaliste de la société gabonaise actuelle.

Depuis Une enquête au pays de Driss Chraïbi, premier volet des aventures de l’inspecteur Ali, que j’ai lu au lycée, je n’avais plus lu un roman policier africain. Les voleurs de sexe est une redécouverte de ce genre peu prisé en Afrique. Un genre pourtant très accessible qui mériterait qu’on lui accorde plus d’attention.

Editions Jigal, 2016

Les polars afro

Les polars afro

Le talent de nos auteurs afro s’exprime dans divers genres littéraires. Or il en est un que nous ne vous avons pas encore présenté : le roman policier ou d’énigme !

Ce roman est fondé sur une structure d’enquête. Le plus souvent, l’investigation débute au moment où un cadavre est découvert ; elle est menée par un enquêteur, policier ou détective privé, en charge de trouver le coupable.

Ce genre littéraire est populaire, mondial et urbain, mais surtout il est accessible à tous types de lecteurs; ceux qui lisent peu et ceux qui lisent beaucoup plus. Bien qu’il s’agisse d’une littérature de distraction, le polar constitue parfois pour son auteur le moyen de se livrer à une critique sociale.

Il existe un nombre conséquent de polars afro, voici notre petite sélection :

Lagos lady de Leye Adenle

Le sourire macabre de Sophie Adonon

La légende de l’assassin de Kangni Alem

Un reptile par habitant de Théo Ananissoh

Si Beale Street pouvait parler de James Baldwin

Trop de soleil tue l’amour de Mongo Beti

Traversée de la Mangrove de Maryse Condé

La traque de la musaraigne de Florent Couao-Zotti

Du pétrole sur l’eau de Helon Habila

Dare-dare de Chester Himes

L’affaire des coupeurs de têtes de Moussa Konate

Ramata de Abasse Ndione

Agence Black Bafoussa de Achille F. Ngoye

Les voleurs de sexe de Janis Otsiemi

Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes

Epouses et assassins de Kwei Quartey

Le vautour de Gil Scott-Heron

Trick baby de Iceberg Slim

Banal oubli de Gary Victor

Dans l’antre du loup de Régina Yaou

polars-afro