Mwanana

Mwanana La petite fille qui parlait aux animaux de Liss Kihindou

Liss Kihindou est une femme de culture possédant plusieurs casquettes ; elle est à la fois enseignante, écrivain, journaliste et critique littéraire. Son action a pour fil conducteur la promotion de la littérature africaine en général et la promotion de la littérature de son cher Congo en particulier.

Ce livre pour enfant est un merveilleux présent que l’auteur congolaise nous fait ; cette œuvre ayant toutes les qualités pour devenir un classique de la littérature jeunesse africaine.

L’histoire se déroule en des temps immémoriaux à Kiyengué, un village situé dans l’actuel Congo Brazaville, elle nous relate le quotidien de nos ancêtres africains agriculteurs. Mwanana, une petite fille de sept ans, comprend le langage des animaux et grâce à cette précieuse faculté, elle réunit deux mondes: celui des animaux et celui des humains. Mwanana est l’interprète officielle des demandes d’aides et de  secours des uns et des autres et grâce à elle tous vivent en harmonie. Toutefois un incident viendra détruire cet ordre ancien.

Ce récit très imagé réalise un savant mélange entre le conte traditionnel africain et la fable. Il est riche d’enseignements pouvant servir aussi bien aux enfants qu’aux adultes d’aujourd’hui.

Un des traits marquants de ce texte est qu’il est remarquablement bien écrit. Nous sentons l’exigence de l’auteur à fournir un texte de qualité littéraire équivalente à celle d’un texte adressé aux adultes. Le résultat est que cette histoire séduira autant les enfants que leurs parents.

Recommandé en lecture seule aux enfants âgés de huit ans au moins, j’ai expérimenté la lecture de ce livre à un enfant de quatre ans qui l’a beaucoup apprécié. C’est incontestablement une bonne idée de cadeau pour les fêtes !

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L’Harmattan Jeunesse, 2016

Désir d’Afrique

Désir d’Afrique de Boniface Mongo-Mboussa

« Désir d’Afrique nous offre la possibilité d’aborder la littérature africaine sous la forme d’une mise en scène où apparaissent nombre des principaux acteurs qui la font » Sami Tchak (postfacier de cet essai)

Mongo Mboussa est écrivain et critique littéraire congolais mais il est également corédacteur en chef de la revue Africultures, qui arbore le fameux peigne afro de couleur noir comme sigle.

Dans cet essai, Mongo Mboussa commence par réhabiliter les classiques de la littérature négro africaine trop souvent disqualifiés ou ignorés par les autres critiques littéraires ; il nous exhorte à les relire. Il part du postulat que lire les classiques africains est très important parce que ces œuvres marquent une continuité avec les œuvres modernes mais également parce que certains classiques demeurent d’une modernité déconcertante. Pour ce faire, il ne se contente pas de nous dresser une liste non exhaustive de ces œuvres classiques que nous devrions lire, mais il nous présente une bibliographie complète, en commençant par le premier classique Chaka, ce roman épique de l’auteur Thomas Mofolo maintes et maintes fois réécris. Mongo Mboussa nous présente tous les pères fondateurs, leurs œuvres incontournables et les thèmes abordés par ceux-ci. Ensuite il donne la parole à quelques grandes figures de cette littérature classique africaine en transcrivant leurs interviews. Le lecteur découvre ainsi Wole Soyinka, Mongo Beti, Ahmadou Kourouma et Cheikh Hamidou Kane. Il n’a plus qu’à choisir quels classiques il a envie de lire, ce choix sera différent pour chacun de nous, toutefois grâce à cet essai le lecteur aura entendu parler de tous et il aura ensuite sa vie entière pour y revenir.

Tout au long de cet essai Mongo Mboussa , grâce à un jeu de questionnements divers adressés directement aux auteurs ou aux critiques littéraires qui ont travaillé sur leurs œuvres, nous fait découvrir bon nombres d’écrivains africains et antillais. Il s’agit entre autres des poètes de la Négritude, des écrivains de la Créolité,  des écrivains du Fest’Africa de Kigali au Rwanda, des écrivains congolais, des écrivains de la diaspora.

L’ouvrage s’achève par l’évocation du Panafricanisme, qualifié par le critique littéraire Philippe Dewitte « de grande et généreuse utopie du XXe siècle n’étant plus à l’ordre du jour ! » Il me tend ainsi la perche pour formuler la seule critique à l’encontre de cet excellent ouvrage, à savoir qu’il manque un chapitre sur la littérature du Panafricanisme qui est, n’en déplaise à certains, très réel et très actuel et un dernier chapitre sur la littérature de la Renaissance africaine. Peut-être cette demande sera-t elle exaucée dans une possible réédition puisque cet essai a tout de même quinze ans.

J’ai choisi ce livre à cause de son titre Désir d’Afrique sans rien connaître de son contenu. J’espérais découvrir pourquoi je continue à désirer aussi profondément mon Afrique, malgré cet afro-pessimisme ambiant, malgré mes propres expériences pas toujours très heureuses, malgré les nombreux et très réels problèmes de l’Afrique. J’ai été agréablement surprise de découvrir un livre sur la littérature africaine qui semble avoir été écrit pour l’apprentie écrivaine que je suis. Liss Kihindou dans son ouvrage Chêne de Bambou faisait très justement dire à son héroïne Inès que qui veut devenir écrivain a tout intérêt à lire beaucoup : « tous les écrivains que je connais ont d’abord été de grands lecteurs, alors lis les grands pour que tu grandisses à ton tour ». Avec cet essai, Mongo Mboussa a réussi à renforcer mon envie de lire encore plus d’auteurs « afro » (africains, afro-caribéens et afro-américains) et de transmettre cette même envie au plus grand nombre.

Ahmadou Kourouma  dans la préface de cet essai qualifiera affectueusement les écrivains africains de « chevaliers de la plume » pour rendre hommage à leurs différents combats, dont le premier, et non des moindres, demeure encore aujourd’hui d’être lus.

Une chose est sûre cet essai de Boniface Mongo Mboussa est à lire de toute urgence !

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Editions Gallimard, 2002

 

Pile à lire Enfance et Jeunesse de l’été 2016

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Pile à lire Enfance et Jeunesse de l’été 2016

L’été est la saison idéale pour initier vos enfants à la lecture, n’oublions pas qu’ils apprennent aussi en nous imitant, prévoyez donc des temps de lecture pour toute la famille. Voici les ouvrages  que nous vous proposons de faire découvrir à nos petits durant l’été !

Pour apprendre en s’amusant :
Cahier d’activité l’histoire de l’Afrique et de sa diaspora de Jahlyssa Sekmet (à partir de 6 ans)
Les humanités classiques africaines pour les enfants de Jean Philippe Omotundé

Un conte illustré suivi d’un livre d’activités : Le pagne blanc de Kendake Amanitore

Un recueil de contes : Les Contes du griot de Kama Kamanda (11 ans et plus)

Un album illustré pour les tout-petits : Petit hippo et son stylo magique de Alain Serge Dzotap (dès 3 ans )

Des albums illustrés :
Je suis fou de Vava de Dany Laferrière ( dès 5 ans)
Le livre des voyages de Hervé Gigot
Mwanana : la petite fille qui parlait aux animaux de Liss Kihindou

Une bande dessinée : Gbehanzin de Sonia Houenoude, Florent Couao-Zotti et Constantin AdadJa

Lectures au programme de l’été 2016

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Lectures au programme de l’été 2016

C’est enfin les vacances!  Nous allons pouvoir recharger les batteries, paresser un peu et lire beaucoup ! Voici la liste des ouvrages afro que notre équipe prévoit de lire cet été. Ajoutés aux livres que nous avons consciencieusement chroniqués pour vous tout au long de l’année, cela vous offre un large choix de lectures estivales. Dites-nous en commentaire, lesquels auront votre faveur cet été et bonnes vacances à tous !

Un défi pour l’Afrique de Wangari Maathai

L’impératif transgressif de Leonora Miano

Barlen Pyamootoo de Salogi’s

Le papillon et la lumière de Patrick Chamoiseau

Vous mourrez dans dix jours de Henri Djombo

Chronique de la dérive douce de Dany Laferrière

Petit piment de Alain Mabanckou

Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes

Afrotopia de Felwine Sarr

La divine chanson de Abdourahman Waberi

Gény petit ange sorcier du Bénin

Gény petit ange sorcier du Bénin de Eugénie Dossa-Quénum

Eugénie Dossa-Quénum est une femme dont le parcours est digne d’inspirer de très nombreuses personnes de part le monde, à commencer par les petites filles de son pays d’origine le Bénin. Ingénieur en biotechnologie et biologiste, chercheur indépendante en sciences politiques et sociales et conférencière aux Nations Unies, elle est également écrivain depuis 2010 et éditrice en France et au Bénin depuis 2015.

Son premier livre intitulé Gény petit ange sorcier du Bénin est un récit largement autobiographique dans lequel l’auteur fait revivre la petite fille qu’elle était et qui rêvait d’aller à l’école. Tant d’obstacles dressés entre Gény et son rêve qui seront franchis un à un grâce à sa détermination, sa force de caractère et le soutien indéfectible de sa maman. Ce récit est si bien mené qu’il embarque immédiatement le lecteur et c’est la gorge nouée, que celui-ci vit les péripéties traversées par la petite héroïne jusqu’au dénouement.

Cet ouvrage permet également de conscientiser les jeunes lecteurs et les moins jeunes sur plusieurs questions. Tout d’abord, c’est un véritable plaidoyer en faveur de la scolarisation des petites filles au Bénin. Aujourd’hui encore elle demeure un défi important pour l’Etat et tous ses partenaires. Il y a beaucoup à faire pour favoriser l’accès et le maintien des filles à l’école, comme par exemple l’installation de commodités adaptées dont il a été prouvé qu’elle a un impact considérable. Une lutte acharnée doit être menée contre le harcèlement sexuel en milieu scolaire.

Les personnages mis en scène par l’auteur vivent certaines situations qui relèvent de problématiques sociétales dont nous n’entendons que trop peu parler, alors qu’elles devraient faire débat dans nos sociétés civiles.

Un autre point important est la place de nos langues nationales. Il n’est pas rare de trouver un Béninois qui comme notre Gény, comprend et parle jusqu’à cinq langues africaines et cela n’est absolument pas valorisé. Peut-on ainsi envisager que les Africains étudient un jour dans leur langue d’origine ? Peu importe la langue nationale choisie, elle sera toujours plus accessible au plus grand nombre que la langue du colon qui retrouverait alors, sa juste place de langue étrangère.

Il s’agit également du travail des enfants et de la monoparentalité. Le parent en grandes difficultés matérielles peut prendre la décision du placement d’un ou de plusieurs de ses enfants chez un parent plus aisé qui le ou les recueillera au nom de la solidarité familiale. Bien trop souvent ce placement devient un véritable enfer pour cet enfant devenu vidomegon ; domestiqué et maltraité par son tuteur malveillant.

Finalement, ce récit est porteur de beaucoup d’espoir et il nous fait éprouver beaucoup de tendresse pour Gény mais également pour sa merveilleuse maman  qu’elle nous décrit ainsi : « une femme possédant une intelligence du cœur et une forte personnalité » ; « d’une éternelle bonne humeur prenant toujours la vie du bon côté ». « Elle nous avait élevés avec beaucoup d’affection alors qu’elle-même n’en avait pas reçue. »

Cet ouvrage pourra être lu par tous les enfants âgés de dix ans et plus. Bonne lecture à tous !

couv Gény

Editions de Broca, 2010

 

 

 

 

L’autre moitié du soleil

 L’Autre moitié du soleil  de Chimamanda Ngozi Adichie

Nous avons tous entendu parler de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie ; au moins deux de ses livres  Americanah et  Nous sommes tous des féministes  sont des succès planétaires. L’Autre moitié du soleil est son deuxième roman, il a pour sujet principal  la guerre du Biafra qui a déchiré le Nigéria de 1967 à 1970.

L’auteur a fait le choix de plusieurs protagonistes dont deux sœurs jumelles Olanna et Kainene qui ne se ressemblent ni physiquement ni moralement. Elles appartiennent au monde privilégié des gens d’affaires du pays. Olanna est enseignante et elle est amoureuse de Odenigbo, qui comme son surnom « Master » l’indique, est lui aussi enseignant. Nous voyons graviter autour d’eux toute la fine fleur intellectuelle de Nsukka, leur ville est située dans le sud-est du Nigéria. Ils ont à leur service Ugwu un jeune garçon venu du village qui parce qu’il vit désormais au milieu de gens instruits, généreux et qui tentent de faire coïncider au mieux leurs idéaux à leur vie personnelle, n’aura de cesse d’affiner sa lecture du monde.

Chaque chapitre fait l’objet d’une perception des événements propre à un personnage différent. De cette façon, un même épisode a une signification différente selon qui le raconte. Adichie réussit l’exploit d’être très fine portraitiste et fait preuve d’une certaine dextérité à montrer des personnes « riches » psychologiquement. Les états d’âme de chacun, les fêlures, les inquiétudes sont retranscrits avec subtilité. L’auteur connaît le monde des humains et la peinture de certains caractères sont dignes des plus fins psychologues ou disons-le sont de facture balzacienne. Un important travail de recherches lui permet de dépeindre parfaitement une époque et des mœurs. Elle glisse facilement d’un univers social à un autre ; le monde des petites gens et ceux des expatriés anglais n’ont aucun secret pour elle. Peu de gens peuvent se targuer de maîtriser la façon de penser de gens aussi disparates.

Puis la guerre arrive sans crier gare ! Pendant de longues pages l’auteur nous avait fait oublier qu’elle était le sujet principal du livre. Toujours de façon subtile, Chimamanda Ngozi Adichie montre que la guerre n’est dans un premier temps qu’un vague « concept » pour les intellectuels engagés. Elle n’est qu’un recours nécessaire pour gagner et conserver l’indépendance d’un territoire, baptisé Biafra. En effet, au Nigéria comme dans tous les territoires colonisés en Afrique, les frontières n’ont jamais été décidées par les autochtones. Certes il y avait bien auparavant des conflits entre un peuple et un autre mais ceux-ci sont régulièrement exacerbés par les puissances étrangères. Ici, c’est Olanna la première qui sera confrontée à la violence du conflit et ce de manière très intime.

Les protagonistes de ce récit sont Ibos et c’est une identité qui leur tient à cœur. La langue est un des fondements de l’identité des individus, d’après  Raphaël Confiant « il  n’y a pas de littérature sans amour de la langue » et cet amour de Adichie pour sa langue natale est manifeste dans l’Autre moitié du soleil. Certes l’anglais est utilisé par nombre des personnages et chacun entretient face à elle un rapport particulier. Toutefois, l’auteur a intégré dans son récit des paroles en langue ibo, elle a également utilisé certains africanismes régionaux et « le broken english ». De plus, il y a des niveaux de langues différents qui sont le fait de langues parlées par des personnes d’origines sociales différentes dont les Haoussa ou les Yoruba. Adichie fait le pont entre des univers différents alors même que ces univers se font la guerre. Dans son œuvre, l’unité se fonde sur la conjonction des langues différentes : La langue ibo et celles des oppresseurs.

L’autre sujet principal est celui des livres. Nous pourrions presque dire qu’ils sont traités tels des personnages car par exemple  lors du conflit ils sont jetés, maltraités ou encore brûlés. C’est la deuxième violence qu’oppose les assaillants aux victimes dans une guerre et à ce sujet les temps restent inchangés. Des livres traités de cette façon c’est un terrible spectacle de désolation  car alors ils sont la métaphore de la parole bafouée, méprisée, torturée. Ils sont la parole empêchée ! En cela la guerre du Biafra apparaît comme une quête d’identité bafouée et donc avortée.

Chimamanda Ngozi Adichie, à partir de ce drame horrible, a réussi l’exploit de  créer une œuvre sensible, criante de vérité et honnête. Baudelaire disait dans son épilogue des « Fleurs du Mal » : «  tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or ». De la même façon, le récit de ce conflit sanglant a fait naître un écrivain génial !

 

Couv L'autre moitié du soleil

Folio, 2010

ISBN : 978 2070421435

Le Marathon des mots

Aujourd’hui démarre à Toulouse et dans sa métropole la 12ème édition du Marathon des mots présidé par Olivier Poivre D’Arvor. Ce festival international de littérature est devenu au fil des ans une véritable référence, réunissant les plus grands écrivains internationaux et les comédiens les plus talentueux.

Cette année encore les festivaliers se régaleront de lectures à voix haute, de rencontres littéraires, de projections et de débats dans les librairies, les bibliothèques et les scènes de Toulouse et de la Métropole. La majorité des séances sont gratuites pour être accessibles au plus grand nombre.

Pour cette douzième édition, la programmation est largement consacrée à l’Afrique. Toute une génération d’artistes et d’écrivains afros débarquent dans la ville rose de Nougaro pour ce rendez-vous exceptionnel. Le festival se déroulera jusqu’au 26 juin avec pour l’équipe de Novi Novi un point d’orgue ce samedi 25 juin. Invitée par l’incontournable Africlap, notre Sylvie co-animera avec Marie-Ange Billot Thébaud une rencontre, après la projection du film de Biyi Bandele  « Half of a yellow sun  » qui est une adaptation du roman de Chimamanda Ngozi Adichie.

Venez nombreux découvrir cette Afrique nouvelle, à la fois enracinée sur le premier continent et mondiale ; cette Afrique créative et engagée ô combien vivante et rayonnante! Bon festival à tous! #Toulouse #festival #marathon des mots #talents afros #novi-novi blog littéraire afro

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Les Saï-Saï et le secret du marché

Les Saï-Saï et le secret du marché de Kidi Bebey

« Epaule contre épaule et main dans la main, nous sommes les Saï-Saï et tout ira bien  » !

La littérature de jeunesse a mis près de cent ans pour trouver ses lettres de noblesse et longtemps les récits n’ont proposé que des figures d’enfants. Tous ceux qui ont commencé à lire très jeune en France se souviennent forcément de ces romans dont les héros étaient de jeunes adolescents. Le pouvoir d’identification était puissant avec ces jeunes héros qui évoluaient dans le même monde que les adultes tout en étant plus attentifs, plus intelligents et surtout plus courageux que ces derniers ! C’est le cas de notre petit groupe des Saï-Saï : quatre camarades dont deux garçons Chaka et Barou et deux filles Jolie et Lala.

Ces héros de la littérature jeunesse afro ont été imaginés par la plume de l’auteure franco-camerounaise Kidi Bebey et leur nom Saï-Saï signifie « petits bandits » en wolof. Enfin les jeunes africains ont des héros qui leur ressemblent et qui évoluent dans un univers qu’ils connaissent !

Kidi Bebey nous donne à lire toute une série de cinq romans d’aventures mettant en scène les Saï-Saï; il va de soi que vos enfants auront envie de  les collectionner.

Dans cet opus intitulé Les Saï-Saï et le secret du marché ; Jolie et Lala se rendent au Grand Marché car le groupe d’amis recherche un vêtement qu’ils pourraient porter tous les quatre. Sur place, elles rencontrent Maa Naafé l’une des personnalités les plus célèbres du lieu. C’est une vendeuse de beaux tissus qui servent à confectionner des pagnes ou d’autres vêtements. Le marché africain est ce lieu hétéroclite où des marchands femmes et hommes vendent de tout, où surtout il est possible de négocier comme bon nous semble, et où notre prix finit par être celui de la marchande ou du marchand ! Soudain un groupe d’hommes encerclent le marché et tout le monde est évacué. Que s’est-il donc passé ? Qui sont ces hommes ? Où est passée Maa Naafé ? Pourquoi le marché a-t-il été pris d’assaut avec autant de violence ? Les Saï-Saï vont mener leur enquête au grand dam du commissaire Makoma qui retrouve encore la petite bande en travers de son chemin.

Vous verrez que les enfants sont capables de dépasser leurs peurs, que l’injustice leur est insupportable ! Ils rappellent aux adultes que certaines valeurs doivent impérativement être défendues. Ce récit haletant régalera vos enfants à partir de 8 ans.

Bonne lecture !

couv les saï saï

Editions Edicef, 2012

Guillaume et Nathalie

Guillaume et Nathalie de Yanick Lahens

« Oublier que le rire fait partie de la douleur. Et qu’il faut tout prendre. Tout. La douleur et le rire ».

L’auteure Yanick Lahens est une essayiste et romancière haïtienne, elle a été récompensée en 2009 par le prix RFO pour son livre La couleur de l’aube. Comme elle, ses personnages vivent en Haïti. L’écriture est le moyen qu’elle a choisi pour nous dépeindre la vie sur son île, certes avec lucidité et sans complaisance mais non sans l’espoir de lendemains qui chantent. Dans ce roman intitulé Guillaume et Nathalie, Yanick Lahens nous démontre que l’amour surgit au moment où nous nous y attendons le moins. Quoi de plus banal que deux êtres qui tombent sous  le charme l’un de l’autre ? Ici c’est l’univers dans lequel les personnages évoluent qui donne tout son sens à leur histoire.

Rien ne peut dissocier Haïti de ces images toujours horribles d’un pays en déliquescence profonde, où la misère étreint presque toute la population, où les cyclones balaient tout sur leur passage : Haïti est synonyme de désolation. Même l’enfer chrétien semble à côté de ce petit bout de territoire avoir les charmes d’un jardin persan ! le livre ne passe pas sous silence cette vision d’horreur mais  Guillaume et Nathalie ont fait le choix de vivre dans ce «  chaos ».

Guillaume est un ancien enseignant, il reste englué dans un monde qu’il reconnaît comme le sien et n’imagine pas vivre ailleurs. Nathalie, architecte passionnée de photographie, est partie à l’étranger et elle est revenue, contre toute attente. Guillaume et Nathalie se rencontrent au cours d’une session de travail concernant un chantier de construction. L’histoire de leur rencontre épouse les contours de l’histoire du pays. Une attraction vite ressentie par l’un pour l’autre est à rapprocher de l’attraction que ne peut qu’éprouver tout un chacun en découvrant Haïti. Haïti qui balance entre les rires et la peine. Un pays aux couleurs chamarrées que même les douleurs les plus profondes ne peuvent effacer.

Ce petit livre embrasse différentes problématiques ; celle d’une bourgeoisie locale qui ne peut se défaire de son égoïsme et à qui il est impossible de se penser autrement qu’à travers le regard des Occidentaux. Ces derniers sont présents en Haïti pour se donner bonne conscience ou pour exercer un contrôle social et politique sur les Haïtiens par l’intermédiaire de certains organismes non gouvernementaux. Ils profitent ainsi du business de la charité. Certains Haïtiens demeurent dans l’impossibilité de s’identifier comme des Africains-descendants car leur mépris de soi est encore trop puissant.

Guillaume et Nathalie ne côtoient pas la population désœuvrée mais ils sont sensibles chacun à leur façon aux problèmes auxquels est confronté leur pays. Comment ne le serait-il pas ? Chacun d’eux a subi les conséquences des malheurs venus s’abattre sur ce territoire « étrange ».

Yannick Lahens parvient brillamment en quelques pages à dépeindre les maux de son pays mais elle n’est jamais pessimiste. Ces deux personnages par leur rencontre montrent ainsi que l’avenir peut être prometteur. Accepter les pans difficiles de notre propre histoire pour les dépasser et donc pour mieux vivre demain, c’est aussi ce que nous souhaitons de tout coeur à Haïti !

couv guillaume et nathalie

Editions Points, 2014

 

Case mensonge

Case Mensonge de Gisèle Pineau

Chronique jeunesse proposée par l’écrivain et chroniqueuse littéraire Edna Merey Apinda

La littérature guadeloupéenne peut se targuer de compter dans ses rangs une brillante ambassadrice en la personne de Gisèle Pineau. Cette auteure nous gratifie d’une bibliographie riche et variée, comprenant des romans, des récits, des nouvelles et des romans pour la jeunesse. Elle a d’ailleurs reçu de nombreux prix et distinctions littéraires.

Son livre Case mensonge est un roman pour adolescents, accessible dès l’âge de douze ans. C’est une histoire qui commence tout doucement et dont l’intrigue est bien menée.

Ce roman nous invite à voyager dans la vie de Djinala, une jeune fille de douze ans qui vit avec sa petite famille dans un bidonville baptisé « Quartier Roucou », à Basse Terre, en Guadeloupe. Elle est la petite dernière. Sa grande sœur Laurence est apprentie coiffeuse tandis que son grand frère Steeve est apprenti mécanicien. La maman, une femme au tempérament fort et battant, se prénomme Camille. Djinala l’appelle affectueusement Manman. La famille vit dans un certain dénuement, dans ce bidonville dans lequel toutes les familles se ressemblent et partagent misère et bonne humeur. Les cases dans lesquelles vit tout ce monde, sont brinquebalantes et doivent leur survie à la providence. Il y a de la musique, il y a des peines, le chômage, la pauvreté. Mais par-dessus tout pour Djinala, il y a l’amitié qui la lie à Mildred. Leurs deux mamans sont également amies.

Tous espèrent un avenir meilleur dans le nouveau lotissement que construit la mairie. Camille, la maman de Djinila rêve de s’installer avec sa petite dans ce fameux lotissement. Si elle l’obtient, elles y habiteront toutes les deux car Laurence doit s’envoler avec son fiancé pour la France (la Métropole) et Steeve rejoindra son oncle en Martinique, pour faire un BEP de mécanicien. Manman en est sûr et elle croise les doigts ; bientôt elles quitteront « Quartier Roucou » pour habiter dans le nouveau lotissement. Cet espoir est partagé lui aussi par Olga, la maman de Mildred, qui a une nombreuse progéniture et un époux qui est un incapable, un bon à rien.

Le Carnaval arrive et réunit tout le monde dans le groupe Nèg Mawon. Steeve  est à l’honneur car il détient la lourde charge de bidouiller la carcasse qui sert de voiture à la reine du carnaval du « Quartier Roucou ». Puis arrive le grand moment tant attendu : les lettres de la mairie attribuant les logements atterrissent chez certains alors que d’autres ne sont pas dans le lot. Alors, c’est le drame… Secrets et mensonges sont dévoilés.

Dans ce beau roman, sobre, touchant, poignant, Gisèle Pineau nous conte habilement les rêves, les tensions, les jalousies qui se transforment en haine, mais aussi la résilience. Nous découvrons une autre facette de la Guadeloupe, loin de toute image de carte postale. C’est un récit qui permet aux jeunes, le temps d’une lecture, de vivre certaines réalités.

case mensonge couv

Bayard Jeunesse, 2001