La carte d’identité

La Carte d’identité de Jean-Marie Adiaffi

Ce titre fait écho à une problématique toute contemporaine. En effet, la société française aujourd’hui encore, montre de vives crispations dès lors qu’il s’agit d’attribuer ce précieux document à d’honorables citoyens étrangers. La carte d’identité fut imposée en France sous le régime de Vichy, auparavant seuls les Gitans étaient sommés d’en posséder une au XIXe siècle. Aujourd’hui en Occident, la carte d’identité détermine purement et simplement qui vous êtes, c’est-à-dire à quelle nation vous appartenez et elle constitue un laissez-passer, au bénéfice de ceux qui appartiennent aux nations du « Nord ».

L’histoire se déroule en Côte d’Ivoire dans un village nommé Bettié, anciennement étape de la route du sel ; le fondateur de cet ancien royaume était considéré comme « le roi soleil des Agni ». Elle met en scène deux hommes : Kakatika, le commandant à la tête du cercle et Mélédouman, descendant de Roi qui, si la colonisation n’avait pas enserré de ses griffes ce petit monde africain, aurait été à la tête de Bettié un prince juste et à l’écoute attentive des siens.

Le roman dévoile une mise en perspective de deux univers ; d’une part celui du colonisateur et d’autre part celui du colonisé. Le narrateur omniscient n’a de cesse d’opposer ces deux univers. Le livre s’ouvre sur une convocation de Mélédouman chez Kakatika où il lui est ordonné de présenter sa pièce d’identité dans un délai imparti. Cette requête est tout à fait inattendue et elle ne sera jamais motivée. Elle aboutira même à un séjour en prison pour Mélédouman, au terme duquel il aura sept jours pour retrouver cette satanée carte d’identité : une véritable quête initiatique.

Ce roman met en lumière une sévère contradiction car ceux qui sont soit disant au plus haut degré de la civilisation sont les mêmes qui se sont introduits avec violence sur le territoire d’autrui. Kakatika le représentant de cette « civilisation généreuse » se montre d’une grossièreté à peine descriptible. Face à lui lors d’interminables joutes oratoires, Mélédouman, avec dextérité et intelligence, n’aura de cesse de pointer du doigt les contradictions de cette mission civilisatrice et de défendre son identité ivoirienne, son identité africaine.

Tous les sujets y sont abordés : la religion chrétienne dont le père Joseph est le pitoyable représentant et qui met à mal l’animisme originel ; l’école qui n’est pas adaptée aux autochtones ; les droits de l’Homme qui ne s’appliquent pas aux hommes africains ; le pouvoir politique.

A mon avis, le livre souffre quelque peu d’une tension parfois mal maîtrisée entre les dimensions romanesque et poétique mais il ne peut laisser aucun lecteur indifférent ! La réalité crue de la colonisation est dépeinte sans ambages. Après la lecture de La Carte d’identité il vous sera impossible de penser en toute bonne foi qu’il y a eu « des aspects positifs » à la colonisation africaine !

Couv. La carte d'identité

Hatier, 2002

La légende de Taïta Osongo

La légende de Taïta Osongo de Joel Franz Rosell

De son propre aveu, l’écrivain cubain Joel Franz Rosell utilise l’imaginaire comme distance pour mieux aborder des thématiques plutôt adultes avec des enfants ; il s’agit ici de celle de l’esclavage.

Dans ce récit, Severo Blanco est un négrier sans foi ni loi qui nourrit l’ambition de devenir très riche, or « dans le port de la Havane qui au début du XIXe siècle était devenu l’un des plus actifs du Nouveau Monde, il n’ y avait qu’un négoce capable d’enrichir un marin : pas question de fruits exotiques ni d’épices rares, pas question de bois précieux ni de peausseries. Les hommes, c’est ce qui se vendait le mieux à cette époque, à la Havane et dans les autres ports de la Caraïbe : des hommes noirs, forts et sans liberté. En d’autres termes des esclaves venus d’ Afrique. »

Sa détermination les mènera lui et son équipage au terme d’un voyage épique à « Songoro Cosongo un pays privilégié d’Afrique ». Là Severo Blanco n’aura aucun scrupule à enlever les hommes de ce pays après que ceux- ci les ont lui et son équipage, secourus, accueillis, nourris, soignés et aidés à reconstruire leur navire. Le Roi sorcier et son fils seront également capturés au terme du premier combat qui opposera les deux ennemis légendaires.

A travers le récit des combats menés par Taïta Osongo, par son fils l’esclave Marron et par son petit-fils Léonel, l’auteur met très justement en exergue la lutte et l’insoumission des esclaves contre l’oppression de leurs maîtres. Pour moi, c’est ce qui en fait un très bon récit sur l’esclavage. Toutefois, ce livre est aussi un très beau conte plein de magie et de poésie qui initiera vos enfants dès l’âge de six ans à cette thématique .

Je suis certaine que les Africains avant l’arrivée des colons ressemblaient exactement à cette description : « les hommes savaient aimer la vie, jouir du travail et honorer la nature, et ils étaient bons, forts et sages. (…) Les hommes connaissaient le langage des animaux et avaient des rapports particuliers avec les plantes, de telle sorte que les premiers et les dernières obéissaient de bon grès à leurs désirs »
J’aime à croire qu’aujourd’hui encore demeurent des initiés qui ont gardé intactes toutes ces facultés et peut-être que quelques Taïta Osongo vivent encore retirés dans la Sierra Maestra et dans les forêts denses de l’Afrique.

Couv. La légende de TO

Ibis Rouge, 2004

Éloge de la Créolité

Éloge de la Créolité de Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau et Jean Bernabé

 «Sa nou yé !»

Les revendications identitaires des uns et des autres deviennent de plus en plus audibles en France, qu’il s’agisse de celles portées par les Bretons et les Occitans aussi bien que de celles portées par les Guadeloupéens et les Martiniquais. Peu importe que la réponse de « maman » France soit toujours la même : une invitation toujours plus ferme à demeurer dans le cadre de l’uniformité. En France on est français et puis c’est tout ! Peu importe que dans les faits, malgré tous les beaux discours intégrationnistes, on est français seulement lorsqu’on correspond en tous points à un type bien défini…

Éloge de la Créolité est le cri de cœur des auteurs antillais Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau et Jean Bernabé ; publié en 1989, il intervient après le cri de guerre du chantre de la Négritude, Aimé Césaire qui exhortait tous les Antillais à se revendiquer Africains. Ce manifeste lui est d’ailleurs dédié, mais pour ses auteurs il s’agissait bien de dépasser le concept de la Négritude et de le remplacer par celui de la Créolité.
En effet, le texte commence par cette déclaration forte : « Ni Européens, ni Africains, ni Asiatiques, nous nous proclamons Créoles… » qui sera ensuite explicitée ainsi : «  Nous sommes tout à la fois, l’Europe, l’Afrique, nourris d’apports asiatiques, levantins, indiens, et nous relevons aussi des survivances de l’Amérique précolombienne. La Créolité c’est le monde diffracté mais recomposé ».

Le manifeste soulève des problématiques pertinentes. Il questionne la place de la Martinique et de le Guadeloupe dans la Caraïbe et les différences qui existent avec toutes les îles voisines. Ensuite il questionne un rapport avec la métropole jugé inégal et qui se vit effectivement comme tel. Le manifeste met bien en exergue la singularité de ces deux îles et l’urgence à se penser autrement que complètement dilués dans une entité totalement française.

Dans ce manifeste certaines lignes directrices me semblent difficilement compréhensibles comme par exemple lorsque les auteurs disent ceci : « Nous sommes fondamentalement frappés d’extériorité » ? ou encore « l’Antillanité désigne, à nos yeux, le seul processus d’américanisation d’Européens, d’Africains et d’Asiatiques à travers l’Archipel antillais » ?

Cependant, les auteurs posent fort bien la question de la langue dominante qui étouffe la langue maternelle alors que la culture inévitablement passe pour l’essentiel par celle-ci. Ceux qui pratiquent le créole, ou les créoles, savent qu’il existe des réalités impossibles à décrire en langue de Molière. Ils exhortent leurs contemporains à aimer parler la langue créole si longtemps décriée car après tout palé fransé pa vlé di lespri*. Egalement, ils posent intelligemment la question de l’oral à reconsidérer dans des sociétés où l’écrit revêt une valeur suprême, osons le dire, où il est un critère non négligeable de civilité. L’imaginaire créole est original car il charrie des univers si divers qui arrivent pourtant à communiquer.

La créolité est un concept aujourd’hui décrié, à dépasser pour certains et que d’aucuns jugent comme une véritable imposture !
Toutefois ce manifeste a été en son temps un pertinent état des lieux des sociétés créoles, et c’est ce qui en fait un classique à lire ou à relire.

*parler français n’est pas gage d’intelligence

Couv. Eloge de la créolité

Gallimard, 1993

 

Coulée d’or

Coulée d’or de Ernest Pépin

« An pa chyen papa » !

La plupart des écrivains, quel que soit le pays où ils ont grandi pensent à l’enfance comme à un univers formateur, un « pays » dont on a peiné à sortir. Les écrivains créoles s’inscrivent dans cette façon de penser,  ainsi le titre du livre d’ Ernest Pépin est plutôt explicite ; la coulée d’or renvoie à l’image de l’enfance considérée comme des pépites d’or.

L’auteur y raconte son enfance dans un bourg nommé Castel « (qui) ne figurait même pas sur la carte de la Guadeloupe mais (…) se haussait à hauteur de royaume » et plus tard à Saint-François, dans les années cinquante.

L’urbanisation galopante n’avait pas encore eu lieu et le livre s’ouvre sur la description d’une végétation généreuse, luxuriante et donc paradisiaque, sur la description des sources auxquelles se rendent les femmes pour laver le linge, des champs de canne à perte de vue dont on aime passionnément le sucre, des jardins créoles où l’on trouve toutes les douceurs que représentent fruits et légumes.

Le petit Ernest grandit dans une famille aimante, et gravitent autour de lui des personnages pittoresques et attachants : M. Raymond, le justicier Ti-Saint Louis, les Indiens méprisés par tous mais dont les cérémonies religieuses fascinent le jeune garçon, le terrible Henri Plutin, la femme sans nom. Chaque portrait est l’occasion pour l’auteur de dégainer un parler créole succulent, truffé d’humour. D’ailleurs dans son univers, les langues française et créole voisinent en bonne intelligence. Pourtant, force est de constater que le créole est utilisé pour donner force à tous les récits du quotidien. M. Quècheqèche dont tout le bourg s’évertue à reprendre le parler et les expressions inventées par lui seul est un spécialiste de la parole truculente .

Ernest Pépin nous raconte l’école dont son papa, revenu après de longues années passées en Métropole est le directeur à Saint-François, les messes du dimanche, les jeux avec ses frères et sœurs, le monde des grands-mounes, les mystères des kimboiseurs, les soirées animées dans lesquelles on raconte des contes et où l’on joue au gwoka. Même les événements tristes prennent une teinture colorée. Ce ne serait pas un livre sur la vie dans les Antilles si l’auteur n’usait pas de termes divers pour désigner une population chatoyante : « Nègre-Congo », « Chaben », « Blancs-France » etc.

Surtout le livre s’achève sur la passion dévorante de l’auteur pour la lecture, cette passion des mots qui l’emmènera inéluctablement vers l’écriture et fera de lui un éminent écrivain créole.

Pendant que vos enfants, à partir de 11 ans, liront ce récit d’Ernest Pépin, vous pourrez vous attaquer à une autre pépite de la littérature antillaise: La Rue Case-Nègres qui raconte l’enfance de l’auteur Joseph Zobel dans la Martinique des années 1930. Ces deux récits dépeignent des sociétés post-esclavagistes en pleine mutation.

couv. coulée d'or

Folio Junior, 2011

The Boondocks

The Boondocks de Aaron Mc Gruder

« The destruction of Black people is not happening faster enough! »

« En vérité je vous le dis » la vérité sort de la bouche des enfants! Cette série de bandes déssinées l’illustre formidablement. En compagnie de cette famille composée de deux garçons Huey et Riley ainsi que de leur grand-père, vous ne serez plus les mêmes et vous n’aurez, je l’espère, plus de cesse de vous interroger sur les fondements de la culture afro-américaine dont les résonances sur les Afro Européens et également sur les Africains sont indéniables!

Robert Freeman (soit l’homme libre s’il faut traduire !) a la tutelle de ses deux petits-enfants, nous ne saurons jamais pour quelles raisons. Lorsque la série commence ils viennent d’emménager à Woodcrest, très loin de Chicago dont ils sont originaires. Ils habitent un quartier cossu, une maison assez grande pour permettre les bagarres impressionnantes des frangins férus de techniques karaté ka. Très rapidement se greffe à la famille un petit microcosme ; les voisins Mr et Mrs Tom Dubois et leur fille Jazmine qui va à la même école que Huey et Riley. C’est un couple mixte (détail qui a son importance !) un avocat afro américain et une Américaine. Ils représentent le couple type de la upper class, attentifs aux problématiques sociétales, désireux de toujours bien faire, politiquement corrects et inconditionnels de Barak Obama ; pourtant si gentiment naïfs! Ensuite vient un homme à tout faire, oncle Rukus. Il est la caricature totalement assumée et revendiquée de « l’oncle Tom ». Le vieux Rukus qui s’est persuadé de souffrir d’un « re-vilitigo » nourrit un mépris profond pour les Afro Américains et n’a de cesse de vilipender « les siens ».

« L’homme blanc » est pour lui le parangon de la perfection sur terre! Vous rirez à ses propos truculents, aux clichés dont il use et abuse ; il n’en demeure pas moins que nombre d’entre vous reconnaitra qu’il existe autour de nous quelques « Rukus » qui s’ignorent. Toutefois Robert Freeman devient son franc camarade et ils confrontent leurs opinions divergentes assez souvent devant un jeu d’échecs. Enfin apparaissent quelquefois le directeur et les enseignants de l’école primaire de Woodcrest.

Avec Huey et Riley nous avons deux visions différentes et deux positions divergentes! Le plus petit Riley est la figure incarnée de l’Afro Américain nourri culturellement au biberon de la consommation à outrance, de la violence comme modèle indépassable, du rap gangsta mysogine toujours en musique de fond. Et que regarde toute la famille assez régulièrement à la télévision? B.E.T. Une chaîne afro dont on se demande comment il lui est possible de véhiculer autant de clichés malheureux sur la communauté!

Riley est d’une intelligence rare et plutôt précoce, il lit Henri Thoreau par exemple. Il est le prototype du garçon engagé, qui observe avec beaucoup d’amertume les agissements destructeurs des « siens ». Tout l’interroge, politiquement, sociologiquement, culturellement. C’est la  « mauvaise » conscience de la maison et donc la nôtre! Rien n’échappe à son regard inquisiteur et acerbe: les émissions de B.E.T.  les églises « blanches » remplies par la communauté afro-américaine car pour Huey Jésus est noir, la musique rap pervertie par Puffy, R. Kelly et tant d’autres (je suis désolée pour les fans… ) et également l’homosexualité refoulée de certains artistes !

Vous verrez la figure récurrente de Bill Cosby, qui a représenté pour nous, des années durant le père idéal dans Cosby Show, acoquiné à Hollywood qui en réalité n’a pas vocation à mettre en valeur la communauté afro américaine. A-t-on alors besoin d’ennemis quand même les nôtres nous trahissent ?

Huey est extraordinaire car il oblige à un état des lieux de la culture afro-américaine. Qu’a-t-on fait des luttes civiques ? Quelles sont les valeurs qui doivent être les nôtres quand les femmes sont désormais regardées comme des objets sexuels réduites à leur booty ? Quelle place faire à une société de consommation destructrice pour les plus pauvres des Américains et donc pour la communauté ? Il faudrait mieux interroger le pouvoir de nuisance de l’Entertainment.

Oui avec Boondocks vous rirez beaucoup et l’argot afro américain n’aura plus de secret pour vous. Riley dit souvent à son frère : « t’as trop la haine ! » mais Huey n’est pas  « haineux » il est surtout triste d’assister à l’auto-destruction culturelle des Africains Américains ! Dès aujourd’hui soyons conscients que véritablement la renaissance afro américaine devra être en grande partie culturelle!

Couv. The boondocks

Les six tomes sont intitulés Parce que je sais que tu ne lis pas le journal, Libérez Jolly Jenkins , Tome 3, Il semble que le destin ait le sens de l’ironie, Ma femme est blanche et elle me déteste, Meurs, Hollywood !

Editions Dargaud Benelux, 2003 à 2006

Mémoires de l’Esclavage

Mémoires de l’Esclavage de Serge Diantantu

Le mois de mai en France est le mois de la Mémoire depuis la Marche des libertés du 23 mai 1998 ; au cours de ce mois de nombreuses associations et de nombreuses villes organisent diverses manifestations pour commémorer l’abolition de l’Esclavage.

Toutefois c’est un fait incontestable que l’Esclavage et les Traites négrières ne sont pas étudiés à l’école comme ils devraient l’être ! Lorsque nos enfants en entendront parler la première fois, ils recevront un véritable coup de massue. Ils auront envie de disparaître de leur chaise en classe quand leur apprenant va seulement évoquer le sujet, pourtant inscrit dans leurs programmes scolaires, sans le traiter à fond et quand tous leurs camarades vont les dévisager. Je le sais je l’ai vécu…

Plus généralement, c’est à l’école que nos enfants découvrent qu’ils sont des « Noirs » et c’est dur pour eux quand ils réalisent ce qu’ « être Noir » signifie. Les « Noirs » qu’ils sont censés être sont les derniers en tout : ils n’ont rien inventé, « ils ne sont pas entrés dans l’Histoire » comme disait l’autre depuis le sommet de l’Etat français ! Pour résumer: les « Noirs » étaient des sauvages avant l’arrivée des colons puis ils ont été des esclaves et ensuite le Code Noir en a fait des meubles. De nos jours, ils sont les plus pauvres, les sous-développés comme ils disent, ils tombent comme des mouches à cause de la famine, du sida ou d’ebola, ils meurent noyés dans « le ventre de l’Atlantique », ils se comportent comme des barbares en se génocidant les uns les autres.

Si avec tout ça certains arrivent à être « noir et fier » et bien je leur tire mon chapeau ! En réalité la plupart de nos enfants développeront un complexe d’infériorité par rapport à leurs camarades qui eux ne sont pas des « Noirs » et par le même mécanisme vicieux un bon nombre de leurs camarades développeront un complexe de supériorité et se croiront au dessus de tous « les Noirs » de ce monde ! Les médias jouent parfaitement leur rôle ( on verra lequel plus tard…) et à cause d’eux notamment, les fantasmes des uns et les mensonges des autres occupent tout l’espace.

Aujourd’hui notre priorité est de combattre cette ignorance crasse dont nos enfants sont les premières victimes. Concernant l’histoire de l’Esclavage, entre ceux qui martèlent que nous devons tourner cette sombre page de l’histoire de l’humanité et ceux qui comme Serge Diantantu leur répliquent qu’une page doit être lue avant d’être tournée : j’ai choisi mon camp ! Je me range du côté de ceux qui combattent l’ignorance entretenue sur ces questions par les uns et par les autres.

Ainsi je vous conseille fortement de mettre, entre les mains de vos bambins âgés de dix ans au moins, la série des bandes dessinées intitulées Mémoires de l’Esclavage de Serge Diantantu. Fruits de recherches historiques sérieuses et approfondies sur les sujets de l’Esclavage et des Traites négrières ; ces bandes dessinées élaborées grâce au sacré coup de crayon du bédéiste congolais Serge Diantantu constituent un outil pédagogique inédit et indispensable. Ces bandes dessinées ont été réalisées sous le parrainage de l’UNESCO et retracent l’histoire de l’Esclavage avec des personnages, des dates et des lieux authentiques.

Cette série de bandes dessinées nous apprend l’histoire de l’Esclavage par son commencement : depuis la fin de l’Antiquité en Orient jusqu’aux siècles de Traite négrière occidentale et jusqu’à son abolition. Je trouve que le support du dessin est un choix opportun car il permet au jeune public d’appréhender au mieux ce sujet. Avec cette série, Serge Diantantu nous offre un présent inestimable: une étude objective des faits au service d’un enseignement sans complexe de notre histoire commune à tous !

La collection comprenait jusqu’à présent quatre excellents volumes : Bulembemba, En navigant vers les Indes, L’Embarquement de bois d’ébène et Île de Gorée.
Ces ouvrages me semblent incontournables dans toute bibliothèque digne de ce nom et dès le 10 mai prochain nous pourrons compléter notre collection grâce à la sortie en librairie du cinquième volume intitulé Colonies des Antilles et de l’Océan Indien ! Bonne lecture !

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Afropean Soul

Afropean Soul et autres nouvelles de Léonora Miano

L’auteure a acquis ses lettres de noblesse dans le cercle des Belles Lettres françaises, obtenant entre autres le prix Fémina en 2013. Son oeuvre est diverse : essais, romans, nouvelles. Pour ma part je trouve son oeuvre inégale mais elle a le mérite de proposer avec Afropean Soul et Blues pour Elise (qui sera chroniqué ultérieurement) des univers trop peu appréhendés : ceux des Afro-Antillais contemporains de France.

Telle ne fut pas ma surprise quand je suis tombée sur ce petit recueil de nouvelles que je propose à l’étude à mes élèves de 3e qui s’en régalent.
Les thèmes abordés sont divers. Dans le premier texte « Depuis la première heure » un jeune homme en exil fait l’amère expérience de la vie de « sans papier » en Occident. Par le biais de la focalisation interne, le personnage songe à ce qui lui serait permis de dire de retour au Cameroun, sur cette vie si difficile à Mbeng. Le travail au noir, les compatriotes qui empruntent des sommes folles pour se pavaner en vacances au pays etc.

Dans « Fabrique de nos âmes insurgées » le petit Adrien vit avec sa mère célibataire et forme donc avec elle une famille monoparentale. Sa mère pourtant diplômée n’a pas obtenu d’emploi à la hauteur de ses compétences et doit donc occuper des postes subalternes. Elle n’est donc pas très souvent à la maison ; Adrien, peu à peu, va se trouver une nouvelle famille dans le quartier misérable qu’il habite mais nous devinons que ce sera un choix malheureux.

La nouvelle qui me touche le plus est « Filles du bord de ligne » ; le récit dépeint des adolescentes vivant dans des quartiers populaires que chacun de vous chers lecteurs, pourra très facilement identifier. Cette nouvelle pose la question du fossé qui est établi entre différents espaces mentaux : le monde des parents attachés à leurs coutumes et incapables d’ouvrir le dialogue avec leurs enfants nés dans une autre civilisation où les vedettes de la musique servent de modèles heureux ou malheureux. Des espaces géographiques scindent les citoyens en catégories qui ne se rencontrent jamais. Ces adolescentes pratiquent alors le vol pour obtenir les objets vénérés dans leur société de consommation et qui ne sont pas à leur portée. L’univers chatoyant des clips vidéo leur apparaît comme un horizon indépassable : belles fringues, belles voitures et beaux gosses basketteurs pour amoureux, la vraie vie quoi !

L’art de la nouvelle consistant à « aller à l’essentiel » est magistralement maîtrisé par l’auteure Léonora Miano qui établit des constats, propose des tranches de vie dont elle ne fait aucun commentaire. Hélas les textes s’achevant sur des fins ouvertes augurent mal du destin des personnages. Il s’agissait bien de sonder les âmes torturées de nos contemporains africains-antillais dont certains vivent des vies vraiment trop difficiles. Elle nous offre ici un éclairage pertinent sur des mondes loin d’intéresser la plupart des journalistes, politiques, sociologues et romanciers.

Très bonne lecture !

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Editions Flammarion, 2008

La puissance de la lecture

La puissance de la lecture d’Isaïe Biton Coulibaly

Chers parents de jeunes lecteurs et autres adultes de leur entourage, vous conviendrez avec moi que le monde actuel dans lequel nous éduquons nos enfants est gravement déséquilibré.
Depuis longtemps je rêve de voir émerger de nombreux leaders africains, afro caribéens et afro descendants qui pourront guider nos masses dans la reconquête de notre identité et de nos richesses, pour notre prospérité et notre plus grand bonheur.

Or on ne devient un leader qu’en devenant au préalable un lecteur!!!

Comme le dit très justement l’auteur Isaïe Biton Coulibaly dans son essai intitulé la puissance de la lecture : « seule la fréquentation permanente des livres permet aux jeunes d’acquérir une vaste et vraie culture », il retient la définition de Marcel Adrilla selon laquelle « Une vaste et vraie culture produit les qualités suivantes: modération, tolérance, largeur de vue, liberté, passion du progrès et accroissement de l’être ».
Tout au long de cet ouvrage, monsieur Coulibaly parvient fort bien à nous convaincre que la lecture est puissante et que par conséquent elle devrait être ou devenir une activité prioritaire pour nos enfants et nos jeunes.

En revanche, je ne retiendrai pas tous ses conseils de lecture. Certes, il est nécessaire que nos enfants lisent mais le choix des ouvrages est tout aussi capital !
 » Que serait la pensée humaine sans les livres de Balzac, de Victor Hugo, de La Fontaine, de La Bruyère ? Que peut-on écrire de plus après ces monuments sacrés ? » affirme l’auteur ivoirien.
Pour ma part, je reconnais le caractère universel de toute littérature mais je ne pourrais jamais m’en référer seulement à ces seuls auteurs, et c’est une personne qui a presque tout lu de Maupassant et de Zola qui vous le dit ! D’ailleurs si j’aime lire de nombreux autres auteurs de toutes horizons j’ai une préférence pour notre patrimoine littéraire.

Et justement, soyez convaincus que la Littérature regorge de « monuments sacrés » écrits par nos auteurs ; nous tâcherons de vous les faire connaître sur ce blog. Ces oeuvres sont autant de trésors cachés que vous aurez grand plaisir à trouver. Et bien évidemment nos enfants doivent être initiés au plus tôt à cette formidable chasse aux trésors.

Grâce à la littérature enfantine et de jeunesse, nous avons la possibilité d’intervenir dès les fondations dans la construction du mental de nos jeunes africains et afro- descendants. Les livres en feront des leaders au lieu des êtres complexés (à divers degrés) que nous devenons forcément quand on nous assène depuis toujours que nos semblables n’ont rien apporté à l’humanité et n’ont été qu’exploités, asservis, avilis et déshumanisés.
Tous les enfants en général et les enfants africains et afro- descendants en particulier ont besoin de s’identifier aux héroïnes et héros de romans qui leur ressemblent pour bien grandir et devenir des adultes qui s’auto-estiment.

N’attendons pas que d’autres viennent reconnaître le génie de nos propres auteurs car la plupart des gens respectent et suivent l’adage « charité bien ordonnée commence par soi même ! » et ils ont raison de le faire!!
Il est temps que nous reprenions à notre compte cette belle citation shakespearienne:  » s’auto- estimer est un défaut moins vil que se déprécier soi-même »!
Le coup d’envoi est donné!

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Les classiques africains en coédition avec NENA, 2013

Ouvrage conseillé aux enfants âgés de dix ans et plus.

A nous de le faire!

A nous de le faire! de Mbépongo Dédy Bilamba

Voilà un livre que j’aurais aimé écrire et si vous deviez n’en lire qu’un seul, lisez celui-ci!! Bon là je me laisse un peu emporter par mon enthousiasme, car évidemment nous espérons que vous lirez beaucoup d’autres livres, c’est un peu le but de notre présence parmi vous! Continuer la lecture de « A nous de le faire! »