The Boondocks

The Boondocks de Aaron Mc Gruder

« The destruction of Black people is not happening faster enough! »

« En vérité je vous le dis » la vérité sort de la bouche des enfants! Cette série de bandes déssinées l’illustre formidablement. En compagnie de cette famille composée de deux garçons Huey et Riley ainsi que de leur grand-père, vous ne serez plus les mêmes et vous n’aurez, je l’espère, plus de cesse de vous interroger sur les fondements de la culture afro-américaine dont les résonances sur les Afro Européens et également sur les Africains sont indéniables!

Robert Freeman (soit l’homme libre s’il faut traduire !) a la tutelle de ses deux petits-enfants, nous ne saurons jamais pour quelles raisons. Lorsque la série commence ils viennent d’emménager à Woodcrest, très loin de Chicago dont ils sont originaires. Ils habitent un quartier cossu, une maison assez grande pour permettre les bagarres impressionnantes des frangins férus de techniques karaté ka. Très rapidement se greffe à la famille un petit microcosme ; les voisins Mr et Mrs Tom Dubois et leur fille Jazmine qui va à la même école que Huey et Riley. C’est un couple mixte (détail qui a son importance !) un avocat afro américain et une Américaine. Ils représentent le couple type de la upper class, attentifs aux problématiques sociétales, désireux de toujours bien faire, politiquement corrects et inconditionnels de Barak Obama ; pourtant si gentiment naïfs! Ensuite vient un homme à tout faire, oncle Rukus. Il est la caricature totalement assumée et revendiquée de « l’oncle Tom ». Le vieux Rukus qui s’est persuadé de souffrir d’un « re-vilitigo » nourrit un mépris profond pour les Afro Américains et n’a de cesse de vilipender « les siens ».

« L’homme blanc » est pour lui le parangon de la perfection sur terre! Vous rirez à ses propos truculents, aux clichés dont il use et abuse ; il n’en demeure pas moins que nombre d’entre vous reconnaitra qu’il existe autour de nous quelques « Rukus » qui s’ignorent. Toutefois Robert Freeman devient son franc camarade et ils confrontent leurs opinions divergentes assez souvent devant un jeu d’échecs. Enfin apparaissent quelquefois le directeur et les enseignants de l’école primaire de Woodcrest.

Avec Huey et Riley nous avons deux visions différentes et deux positions divergentes! Le plus petit Riley est la figure incarnée de l’Afro Américain nourri culturellement au biberon de la consommation à outrance, de la violence comme modèle indépassable, du rap gangsta mysogine toujours en musique de fond. Et que regarde toute la famille assez régulièrement à la télévision? B.E.T. Une chaîne afro dont on se demande comment il lui est possible de véhiculer autant de clichés malheureux sur la communauté!

Riley est d’une intelligence rare et plutôt précoce, il lit Henri Thoreau par exemple. Il est le prototype du garçon engagé, qui observe avec beaucoup d’amertume les agissements destructeurs des « siens ». Tout l’interroge, politiquement, sociologiquement, culturellement. C’est la  « mauvaise » conscience de la maison et donc la nôtre! Rien n’échappe à son regard inquisiteur et acerbe: les émissions de B.E.T.  les églises « blanches » remplies par la communauté afro-américaine car pour Huey Jésus est noir, la musique rap pervertie par Puffy, R. Kelly et tant d’autres (je suis désolée pour les fans… ) et également l’homosexualité refoulée de certains artistes !

Vous verrez la figure récurrente de Bill Cosby, qui a représenté pour nous, des années durant le père idéal dans Cosby Show, acoquiné à Hollywood qui en réalité n’a pas vocation à mettre en valeur la communauté afro américaine. A-t-on alors besoin d’ennemis quand même les nôtres nous trahissent ?

Huey est extraordinaire car il oblige à un état des lieux de la culture afro-américaine. Qu’a-t-on fait des luttes civiques ? Quelles sont les valeurs qui doivent être les nôtres quand les femmes sont désormais regardées comme des objets sexuels réduites à leur booty ? Quelle place faire à une société de consommation destructrice pour les plus pauvres des Américains et donc pour la communauté ? Il faudrait mieux interroger le pouvoir de nuisance de l’Entertainment.

Oui avec Boondocks vous rirez beaucoup et l’argot afro américain n’aura plus de secret pour vous. Riley dit souvent à son frère : « t’as trop la haine ! » mais Huey n’est pas  « haineux » il est surtout triste d’assister à l’auto-destruction culturelle des Africains Américains ! Dès aujourd’hui soyons conscients que véritablement la renaissance afro américaine devra être en grande partie culturelle!

Couv. The boondocks

Les six tomes sont intitulés Parce que je sais que tu ne lis pas le journal, Libérez Jolly Jenkins , Tome 3, Il semble que le destin ait le sens de l’ironie, Ma femme est blanche et elle me déteste, Meurs, Hollywood !

Editions Dargaud Benelux, 2003 à 2006

Afropean Soul

Afropean Soul et autres nouvelles de Léonora Miano

L’auteure a acquis ses lettres de noblesse dans le cercle des Belles Lettres françaises, obtenant entre autres le prix Fémina en 2013. Son oeuvre est diverse : essais, romans, nouvelles. Pour ma part je trouve son oeuvre inégale mais elle a le mérite de proposer avec Afropean Soul et Blues pour Elise (qui sera chroniqué ultérieurement) des univers trop peu appréhendés : ceux des Afro-Antillais contemporains de France.

Telle ne fut pas ma surprise quand je suis tombée sur ce petit recueil de nouvelles que je propose à l’étude à mes élèves de 3e qui s’en régalent.
Les thèmes abordés sont divers. Dans le premier texte « Depuis la première heure » un jeune homme en exil fait l’amère expérience de la vie de « sans papier » en Occident. Par le biais de la focalisation interne, le personnage songe à ce qui lui serait permis de dire de retour au Cameroun, sur cette vie si difficile à Mbeng. Le travail au noir, les compatriotes qui empruntent des sommes folles pour se pavaner en vacances au pays etc.

Dans « Fabrique de nos âmes insurgées » le petit Adrien vit avec sa mère célibataire et forme donc avec elle une famille monoparentale. Sa mère pourtant diplômée n’a pas obtenu d’emploi à la hauteur de ses compétences et doit donc occuper des postes subalternes. Elle n’est donc pas très souvent à la maison ; Adrien, peu à peu, va se trouver une nouvelle famille dans le quartier misérable qu’il habite mais nous devinons que ce sera un choix malheureux.

La nouvelle qui me touche le plus est « Filles du bord de ligne » ; le récit dépeint des adolescentes vivant dans des quartiers populaires que chacun de vous chers lecteurs, pourra très facilement identifier. Cette nouvelle pose la question du fossé qui est établi entre différents espaces mentaux : le monde des parents attachés à leurs coutumes et incapables d’ouvrir le dialogue avec leurs enfants nés dans une autre civilisation où les vedettes de la musique servent de modèles heureux ou malheureux. Des espaces géographiques scindent les citoyens en catégories qui ne se rencontrent jamais. Ces adolescentes pratiquent alors le vol pour obtenir les objets vénérés dans leur société de consommation et qui ne sont pas à leur portée. L’univers chatoyant des clips vidéo leur apparaît comme un horizon indépassable : belles fringues, belles voitures et beaux gosses basketteurs pour amoureux, la vraie vie quoi !

L’art de la nouvelle consistant à « aller à l’essentiel » est magistralement maîtrisé par l’auteure Léonora Miano qui établit des constats, propose des tranches de vie dont elle ne fait aucun commentaire. Hélas les textes s’achevant sur des fins ouvertes augurent mal du destin des personnages. Il s’agissait bien de sonder les âmes torturées de nos contemporains africains-antillais dont certains vivent des vies vraiment trop difficiles. Elle nous offre ici un éclairage pertinent sur des mondes loin d’intéresser la plupart des journalistes, politiques, sociologues et romanciers.

Très bonne lecture !

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Editions Flammarion, 2008

A nous de le faire!

A nous de le faire! de Mbépongo Dédy Bilamba

Voilà un livre que j’aurais aimé écrire et si vous deviez n’en lire qu’un seul, lisez celui-ci!! Bon là je me laisse un peu emporter par mon enthousiasme, car évidemment nous espérons que vous lirez beaucoup d’autres livres, c’est un peu le but de notre présence parmi vous! Continuer la lecture de « A nous de le faire! »