Le Destin d’Aïssata

Le Destin d’Aïssata de Jessica Reuss-Nliba et Didier Reuss

La Camerounaise Jessica Reuss-Nliba est l’auteur d’ouvrages pour l’enfance et la jeunesse qui ont souvent l’Afrique pour thème. Ses livres sont les fruits d’une collaboration avec son partenaire en écriture Didier Reuss qui est également son époux. Le Destin d’Aïssata est leur second roman. Il a été joliment illustré par Joelle Esso.

La narratrice est la petite Aïssata qui nous relate son quotidien auprès de sa famille. Aïssata, ses parents, ses six frères et sœurs sont des immigrés burkinabés qui travaillent tous ensemble à l’extraction du diamant dans une mine située en Côte d’Ivoire. La petite Aïssata par un heureux hasard découvre qu’elle a un don pour le chant. De là naîtra une véritable passion qui au terme d’un parcourt semé d’embûches et grâce à sa grande persévérance mènera notre petite héroïne très loin de la mine, sur les scènes du monde entier.

Cette histoire pleine de tendresse et d’espoir est également riche d’enseignements pour les jeunes de 8 à 12 ans à qui elle est destinée. Elle leur permet de mieux appréhender qu’aller  à l’école et pratiquer une activité sportive ou artistique demeure un luxe inaccessible à de nombreux enfants. Ils prennent alors conscience des injustices qui perdurent dans notre vaste monde.

La solidarité mise en œuvre au sein de la famille d’Aïssata dans la mine puis autour d’elle, m’a émue jusqu’aux larmes.

Enfin, ce roman est un parfait prétexte pour faire découvrir à nos enfants un répertoire différent de celui de « The Voice ». D’ailleurs, je vais de ce pas faire résonner dans ma sono les voix des grandes sœurs d’Aïssata : Myriam Makeba, Mpongo Love, Abeti Masikini et Brenda Fassie !

Couv Aïssata

Editions DAGAN Jeunesse, 2012

Le Petit monde merveilleux

Le Petit monde merveilleux de Gustave Akakpo et Dominique Mwankumi

Gustave Akakpo est un talentueux  artiste togolais multidisciplinaire, à la fois écrivain, illustrateur, conteur, comédien et plasticien. Il est l’auteur du roman jeunesse Le petit monde merveilleux, qui a été magnifiquement illustré par un autre grand nom de la littérature jeunesse afro, le congolais Dominique Mwankumi.

Le narrateur est Kékéli, un petit garnement de dix ans qui nous relate son quotidien dans son village sur pilotis avec sa famille : son papa, sa maman, sa mamie, sa petite tante Tassivi, son petit frère Daniel et Ona le bébé de cette famille heureuse. Chaque jour, il quitte sa cabane en pirogue pour aller à l’école en ville où il retrouve ses amis Bouboule et Folly. Depuis la rentrée scolaire, la jolie Amivi va également dans la même école.

Kékéli voudrait montrer à  Amivi « son petit monde merveilleux »; il s’agit du magnifique spectacle de la nature qui se déploie sous ses yeux émerveillés lors de chaque coucher de soleil sur le lac.

Malheureusement, survient une catastrophe qui viendra bouleverser l’univers de Kékéli et de tous les autres habitants du village lacustre.

Par le biais de cette histoire, Gustave Akakpo dénonce la destruction de la nature par l’homme ; c’est donc un excellent outil pour aborder avec des enfants âgés de sept ans et plus, les questions environnementales et les sensibiliser aux problèmes de pollution en Afrique et partout dans le monde.

Couv Le monde merveilleux

Editions Grasset Jeunesse, 2007

Mama Tinga Tinga

Mama Tinga Tinga de Kam

L’Africain victime d’une aliénation culturelle savamment entretenue, refuse de penser par lui-même qui il est vraiment. Ainsi l’imaginaire d’autrui, l’imaginaire occidental en réalité, a peu à peu conquis tout son espace mental. Une parfaite illustration de cela : l’exemple du Père Noël que l’on célèbre partout en Afrique.

Fort heureusement, la résistance s’organise et de plus en plus d’ Africains conscients réalisent une reprise en main identitaire. Jules Kamga Nzietchueng, dit Kam l’émerveilleur, auteur et illustrateur jeunesse camérounais est l’un de ces résistants. Le créateur de Mama Tinga Tinga nous démontre que l’imaginaire africain est naturellement riche et qu’il peut émerveiller tous les enfants du monde en général et tous les enfants africains en particulier.

Dans son ouvrage, Kam commence par nous révéler un secret :
« La nuit du 24 au 25 décembre Père Noël ne visite pas l’Afrique, c’est Mama Tinga Tinga qui donne des cadeaux aux petits africains ». Ensuite tout au long des pages si joliment illustrées, nous découvrons cette belle reine et maman africaine. Se déploie devant nous tout un univers enchanteur : les animaux de Ndoumbelane, la savane merveilleuse, l’aident à préparer les cadeaux qu’elle distribue aux petits enfants sages, la nuit de Noël. Mama Tinga Tinga parcourt ensuite tout le continent Kama dans une grande calebasse volante entourée d’une lumière magique.

Après cette lecture, vous aurez certainement envie de suivre la tradition de Kam en décorant en famille, une calebasse d’Afrique en l’honneur de Mama Tinga Tinga.

Nous vous souhaitons à tous, petits et grands, de merveilleuses fêtes de Noël.

Couv Mama Tinga Tinga

Kam Editions, 2013

Maraké et les chercheurs d’or

Maraké et les chercheurs d’or de Ketty Bunch et Elsa Faure

Ketty Bunch est une illustratrice autodidacte qui travaille sur tablette graphique et nourrit une véritable passion pour les mangas et le pixel-art. Nous retrouvons dans toutes ses créations un univers très coloré. Maraké et les chercheurs d’or qu’elle a co-écrit et entièrement illustré, nous révèle que Ketty Bunch est un nouveau talent de la littérature jeunesse afro-caribéenne avec lequel il faudra désormais compter!

Elle est née en Guyane française dont le territoire est presque entièrement couvert par une vaste forêt équatoriale qui demeure l’une des plus riches et l’une des moins fragmentées du monde. Cette fiction et surtout les magnifiques illustrations de Ketty Bunch nous transportent au coeur de cette forêt tropicale guyanaise et au bord du fleuve Maroni. Nous suivons les aventures de Maraké un petit indien âgé de dix ans. Les chercheurs d ‘or, depuis quelques temps, troublent la quiétude de son peuple et détruisent la nature. Ils déversent sans scrupule le mercure dans la rivière ; ce poison qui leur permet de recueillir les paillettes d’or dans les battées, leurs bols en métal.

Maraké a été désigné par le vieux Wacapou, l’arbre ancestral, et Manman Dlo la sirène Reine des Eaux pour chasser ces intrus et sauver les poissons du fleuve. Il croisera sur sa route, Tupi le Toukan, Puerto l’Iguane, des jaguars et des pumas féroces. Maraké agira en véritable guerrier en constituant une redoutable armée composée, de Zumba le zébu, des aras ou perroquets, des crocodiles et de leur chef Croctou, des sardines et des mygales.

Le texte est accessible aux enfants à partir de 8 ans, les illustrations raviront des enfants plus jeunes et également les adultes.

Couv. Maraké

Caraïbeditions, 2014

Sinabani la petite dernière

Sinabani, la petite dernière de Fatou Keïta

La littérature africaine pour enfants compte de nombreux auteurs talentueux parmi lesquels figure l’écrivaine ivoirienne Fatou Keïta. Celle- ci a fait de la littérature jeunesse son domaine de prédilection, ainsi il existe toute une collection de titres que nous vous encourageons à offrir à vos enfants, comme Le Petit Garçon Bleu, Le Boubou du Père Noël, Un arbre pour Lollie, Haïti Sauvée par ma poupée, A l’école du Tchologo et bien d’autres.

Les tout-petits retrouvent souvent dans la littérature enfantine les personnages qui les entourent au quotidien et également les situations auxquelles ils sont parfois confrontés.

Le livre de Fatou Keïta intitulé Sinabani la petite dernière nous plonge au cœur des émotions de la petite dernière de la famille qui croit perdre l’amour de ses parents à l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur. Il pourra aider les enfants jaloux à cause de la naissance d’un autre enfant dans leur famille qui s’identifieront forcément à la petite Sinabani.

Le texte est court et sera facilement lu à vos tout-petits (à partir de 2-3 ans). Il est également magnifiquement illustré par Claire Mobio. Bonne lecture !

Couv Sinabani

Nouvelles Editions Ivoiriennes (NEI), 1997

Cheikh Anta le Pharaon

Cheikh Anta le Pharaon de Kam Kama de Makeda Sabas

« Ce sont les Africains qui les premiers sont entrés dans l’Histoire »

Kam Kama de Makeda Sabas est un écrivain originaire de la Guyanne française, passionné par l’Afrique ; par ses richesses et ses grands noms. Il consacre cet ouvrage au plus grand historien du XXème siècle : l’éminent Cheikh Anta Diop.

Après quatre siècles d’Esclavage subis par les Africains et la longue nuit noire coloniale, les nombreux travaux et recherches scientifiques de Cheikh Anta Diop, notamment en anthropologie préhistorique, en égyptologie, en linguistique, en politologie ont permis de restaurer la conscience historique africaine.
Cheikh Anta Diop nous a laissé en héritage la vérité sur le passé glorieux de l’Afrique. On sait désormais que l’Afrique a été le seul centre de développement de l’humanité et également que les fameux égyptiens antiques étaient « des Africains indigènes à la peau noire et aux cheveux crépus !

L’auteur dans ce livre nous raconte pourquoi et comment le petit garçon Cheikh Anta est devenu le Pharaon des études kamitiques et africaines.

Il s’agit d’un ouvrage exceptionnel aussi bien dans le fond grâce au thème abordé que dans la forme qui permet une lecture à plusieurs niveaux. En effet, d’après l’auteur lui-même ce livre s’adresse aux enfants d’une large tranche d’âge comprise entre « 0 à 13 ans voire au-delà ». Il comprend une histoire principale, magnifiquement illustrée par la dessinatrice Aissata Anta Isis de Makeda Sabas, explicitée et enrichie par de nombreux commentaires et notes, que viennent compléter des pages à colorier et à dessiner pour les plus petits.

D’après l’auteur, l’ouvrage peut être partagé par plusieurs enfants d’une même fratrie, toutefois je pense que chaque enfant de chaque famille devrait avoir son exemplaire !

Couv Cheick Anta

Editions Cercle Congo, 2013

Kama, il était une fois en Afrique

Kama, il était une fois en Afrique de Biyong Djehuty

Biyong Djehuty est un auteur de kemty qui sont des bandes dessinées africaines ou kamit originales. Les kemty s’adressent aussi bien aux jeunes qu’aux adultes, se voulant accessibles au plus grand nombre.

Le kemty Kama, il était une fois en Afrique nous enseigne l’histoire de l’origine de l’espèce humaine. Un soir trois jeunes enfants : Kandaka, Djoser et Sankara se réunissent autour de leur grand-père pour l’entendre leur conter une de ses merveilleuses histoires dont il a le secret. Cette fois là, leur grand-père va les surprendre en leur racontant l’histoire de l’apparition de l’humanité moderne !

Ce kemty apporte aux petits comme aux grands, un nouvel éclairage sur les origines de l’humanité et sa diversité. Nous y apprenons notamment que les premiers habitants de l’Europe étaient des Africains.
Au moment où nos enfants reprennent le chemin de l’école, il nous paraissait tout indiqué de leur offrir cet ouvrage qui met l’Histoire à leur portée, de manière ludique.
De plus, les vérités historiques qu’il contient sont basées sur des preuves scientifiques, claires et incontestables mais elles demeurent très peu diffusées.

Biyong Djehuty popularise l’histoire méconnue ou ignorée des Africains et de l’Humanité. Or la connaissance de l’histoire et de la culture africaine est un préalable indispensable à la renaissance africaine dont le « kemtéiste » Djehuty nous parait être un acteur majeur.

Les images très réalistes nous transportent véritablement sur la natte posée aux pieds du grand-père des trois enfants. Ce dernier apparaît comme le modèle de l’ancien, auquel tous les adultes devraient aspirer à ressembler. Il est à la fois l’enseignant, le guide, le gardien de la morale, le repère culturel dont les enfants ont tant besoin pour grandir et devenir des adultes épanouis.

Ce kemty est sans nul doute un trésor de la littérature jeunesse africaine et sa découverte est véritablement l’événement de cette rentrée scolaire 2015 !

Couv. Kama il était une fois l'afrique

Editions Djehutygraphics, 2014

Maman-dlo

Maman-dlo de Alex Godard

Alex Godard est une figure incontournable de la littérature jeunesse afro caribéenne, il est à la fois auteur et illustrateur. Il est natif de l’île de Marie Galante en Guadeloupe et le fils d’un marin. La mer est omniprésente dans sa vie et dans celle de sa famille ; comme il le dit lui-même :  » d’ où que l’on se trouve on voit la mer. Quand on ne la voit pas on l’entend, on la sent. » Ainsi la mer est forcément l’un de ses thèmes de prédilection !

Dans son ouvrage intitulé Maman-dlo la mer est d’abord évoquée de manière négative. En effet, elle abrite ces horribles Reines des eaux qui emportent les marins après les avoir charmés et dont Cècette la petite héroïne entendra parler grâce à Racik le joueur de flûte-bambou conteur d’histoires. De plus, le papa de Cècette a disparu en mer il y a bien longtemps et enfin sa maman vit en métropole de l’autre côté de cette même mer et la petite fille se languit de la revoir.

Pourtant, la mer sait aussi être nourricière puisqu’elle permet aux habitants de l’île de subsister grâce aux « poissons-souris, poissons-chats ou poissons perroquets » que Papoli, le grand-père de Cècette, et les autres pêcheurs de l’île ramènent dans leurs filets. Mais surtout la mer constitue un pont qui permettra à Cècette et à sa maman chérie de se retrouver un jour.

Cette histoire très réaliste plaira à tous vos enfants ; certains qui vivent ce type de séparations douloureuses avec leurs parents pourront s’identifier facilement au personnage de la petite Cècette et espérer un dénouement aussi heureux. De plus, les illustrations sont très belles et séduiront aisément vos enfants à partir de trois ans.

Couv. Maman dlo

Albin Michel Jeunesse, 2014

 

Abboki

Abboki ou l’appel de la côte de Halilou Sabbo Mahamadou

« Un lion devient un rat dans le village d’autrui »

Le livre de l’auteur nigérien Halilou Sabbo Mahamadou s’inscrit dans une problématique contemporaine puisqu’il aborde la thématique de la migration. Il constituera un excellent support pour décrypter avec vos enfants cette question qui est largement exposée par les médias et les politiques. En effet, contrairement à ce que ces derniers veulent nous faire croire les migrations émanant du continent Kemeta vers l’Europe sont « marginales » car la grande majorité des déplacements des Africains se font à l’intérieur du continent vers des pays dits plus prospères ou plus « stables » politiquement. Ainsi la Côte d’Ivoire fut pendant très longtemps la destination préférée des habitants des pays voisins.

Le narrateur nous raconte sa rencontre dans un village nigérien avec Amadou, un homme qui a répondu à l’appel de la côte. Amadou comme tant d’autres a quitté son terroir natal en quête de prospérité pour lui-même et pour ses proches. Le verbe haut, il lui relate son parcours semé d’embûches, qui constitue une véritable quête initiatique. L’histoire se déroule dans les années cinquante et nous replonge dans l’univers impitoyable de la colonisation.

Alors qu’il est devenu impératif chez certains d’édulcorer des parcours difficiles et même violents, notre protagoniste fait le choix de tout nous dire. Les causes du départ sont finalement les mêmes aujourd’hui qu’hier. Le candidat à l’exil part animé de l’immense espoir d’accéder à une vie meilleure pour lui-même et pour ceux qui restent, ceux qui souvent l’ont aidé à partir. Il part parce qu’il est convaincu que l’herbe est plus verte ailleurs et qu’il croit foncièrement que l’ailleurs sera forcément meilleur.
La force de ce récit selon moi réside dans le fait qu’ Amadou en soit finalement revenu au sens propre comme au sens figuré !

Je conseille la lecture de cet excellent ouvrage à tous nos jeunes à partir de 13 ans.

Couv. Abboki

Les Nouvelles Editions Africaines du Sénégal et Syros Jeunesse, 2004

Kanuden contre Cœur ténébreux

Kanuden contre Cœur ténébreux Tome 1 de Moussa Konaté

Il est un fait entendu que nos enfants ne doivent pas être limités à la seule lecture des ouvrages prescrits en classe. Les périodes de vacances sont propices à leur présenter des auteurs afro que ne connaissent pas ou ignorent les professeurs qui choisissent leurs livres durant le temps scolaire. Durant les périodes de congés nos petits auront tout le loisir de découvrir des héroïnes et des héros qui leur ressemblent et auxquels ils pourront mieux s’identifier.

Moussa Konaté est l’un des auteurs africains incontournables que tous les enfants du monde devraient avoir lu. Nous devons à cet écrivain malien une œuvre foisonnante constituée de nombreux romans, nouvelles, pièces de théâtre et récits pour la jeunesse. Sa série de romans d’aventure mettant en scène le jeune Kanuden vaut largement le détour. De nombreuses fois au cours de cette lecture j’ai pensé que n’importe quel parent conscient des enjeux de ce monde souhaiterait que son enfant s’identifie à Kanuden et suive les enseignements du roi Cœur généreux !

La devise qui surplombe l’entrée du palais du malfaisant Nifinmansa Cœur ténébreux « La pitié est une faiblesse. La liberté est un danger. » est incontestablement celle que suivent de nombreuses personnes dans notre monde réel. L’auteur par le biais de son personnage Cœur généreux nous délivre le message qu’il y a une autre route possible : « Moi mon idéal est au contraire de faire de ce monde une terre de liberté et de solidarité.

Cet ouvrage est à faire découvrir à des enfants âgés de huit ans au moins. Les plus jeunes se laisseront embarquer par ce récit d’aventure épique et palpitant fort bien imagé. Les plus grands seront poussés à la réflexion sur ce que sont les rapports entre les hommes et sur ce qu’ils peuvent être avec le concours de chacun. Nul doute que petits et grands seront impatients de lire la suite des aventures de Kanuden et de ses amis dans les tomes 2 et 3 de la saga. (Kanuden à l’assaut des tyrans et Kanuden sous un soleil nouveau)

Couv. Kanuden

EDICEF, 2013