Grand-mère Nanan

Grand-mère Nanan de Véronique Tadjo

Depuis les années 90, la romancière franco-ivoirienne écrit des albums pour enfants qu’elle illustre elle-même. Parmi ses œuvres littéraires pour la jeunesse, nous trouvons son livre Mamy Wata et le monstre pour lequel Véronique Tadjo a reçu le prix Unicef en 1993 et Ayanda la petite fille qui ne voulait pas grandir .

Les tout-petits retrouvent souvent dans la littérature enfantine les personnages qui les entourent au quotidien : leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs grands-parents, leurs petits camarades, etc. Dans cet ouvrage, Grand-mère Nanan, il s’agit du personnage incontournable de la famille africaine et son véritable pilier : la grand-maman.

Grand-mère Nanan est une personne aimante et bienveillante, elle est proche des enfants avec lesquels elle passe beaucoup de temps. Elle veille sur eux et leur transmet beaucoup de choses.

Grand-mère Nanan représente bien nos grands-mamans africaines. Celles-ci ne vivent pas en marge de la famille comme leurs consœurs occidentales, souvent résidentes en maison de retraite. Même lorsqu’elles sont très vieilles les mamies africaines sont maintenues le plus longtemps possible à leur domicile en étant assistées au quotidien par les membres de leur famille qui se relayent auprès d’elles. Lorsque ce n’est pas possible elles sont accueillies au domicile de leurs grands enfants. Dans les deux cas elles peuvent remplir leur rôle de transmission auprès de tous les enfants qui gravitent autour d’elles.

Le texte est court et sera facilement lu à vos tout-petits (à partir de 2-3 ans). J’ai notamment choisi cet ouvrage pour l’originalité des illustrations. Il s’agit de très beaux mélanges de photographies et de dessins très colorés qui raviront petits et grands. Ce type d’ouvrages magnifiquement illustrés donne très tôt le goût de la lecture à nos enfants.

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Nouvelles éditions ivoiriennes, 1996

Bibi n’aime pas le guérisseur

Bibi n’aime pas le guérisseur de Muriel Diallo

La littérature enfantine met en scène de nombreux petits héros et héroïnes grâce auxquels nous pouvons aborder avec nos enfants toutes les problématiques liées à leur quotidien de manière ludique.

Bibi, le personnage créé par Muriel Diallo, n’a rien à envier aux T’choupi, Trotro et autres. L’écrivaine ivoirienne, auteure de nombreux livres pour enfants, nous offre plusieurs titres des aventures de cette petite héroïne africaine fort attachante tels que Bibi n’aime pas les légumes, Bibi n’aime pas le foot et Bibi n’aime pas l’école, dont vos enfants voudront sans aucun doute faire la collection. Ma fille quant à elle a choisi de démarrer sa collection avec le titre Bibi n’aime pas le guérisseur.

Ce petit livre aborde la thématique importante de la santé en mettant en scène la petite Bibi qui a attrapé un rhume et qui doit se rendre chez le guérisseur. Ce dernier n’est ni plus ni moins qu’un médecin africain qui soigne ses patients grâce une médecine naturelle.

Muriel Diallo qui est à la fois conteuse, artiste -peintre et illustratrice nous propose ici un univers très coloré qui ravira nos tout- petits. Le tee-shirt en pagne que porte Bibi est un classique que nombre de femmes africaines de l’Ouest reconnaitront. Le trait appuyé de l’illustratrice souligne sans pourtant être agressif les formes des personnages et des objets pour nous plonger véritablement dans l’univers chatoyant de la délicieuse petite Bibi.

Les « grands » qui liront cet ouvrage verrons bien qu’avec le guérisseur de Bibi, nous sommes loin des méthodes utilisées par les soignants en Occident, qui eux font la part belle aux médicaments fabriqués par les laboratoires et imposés par l’industrie pharmaceutique. Cette histoire avec Bibi nous amène à considérer que durant des siècles dans toutes les civilisations du monde, les êtres humains se sont soignés avec ce que leur offrait la nature autour d’eux. Ces pratiques, même si elles existent encore grâce à quelques rares guérisseurs, sont malheureusement en train de disparaître.

Couv. Bibi n'aime pas le guérisseur

Les Classiques Ivoiriens, 2012

Enfances

Enfances de Alain Mabanckou, Ananda Devi, Florent Couao-Zotti, Eliane Kodjo, Raharimanana, Kangni Alem, Khadi Hane, Michel Cadence, Sami Tchak

Lorsque j’étais enfant j’adorais écouter mes parents raconter leurs souvenirs d’enfance au pays. L’Afrique m’était décrite comme un paradis pour les enfants qui grandissaient là-bas libres et vivant toutes sortes d’aventures naturelles et surnaturelles. Mes premiers séjours en Afrique avaient comme principal intérêt de me faire voir de mes propres yeux les lieux de ces récits qui m’avaient tant ravie des années plus tôt.

La lecture d’Enfances, cet ouvrage dans lequel « neufs écrivains racontent ou réinventent un souvenir d’enfance » ravira aussi bien les jeunes lecteurs que leurs parents. L’évocation de l’enfance, cette période si particulière dans la vie des hommes fait souvent remonter nos émotions à la surface. Tous les enfants du monde se ressemblent : ils sont de grands aventuriers avides de découvertes et en même temps de grands rêveurs.

Ces neufs récits sont fortement imprégnés de l’imaginaire africain, ils nous font découvrir les contes et les légendes qui émerveillent, ils nous font observer les coutumes et les interdits que les enfants transgressent parfois. Toutes les enfances sont empruntes de magie mais c’est encore plus vrai en Afrique où la nature est omniprésente et où les mythes et la réalité s’imbrinquent étroitement.

Chaque lecteur, petit ou grand, trouvera dans ce recueil une histoire dont il se sentira plus ou moins proche, il y en a pour tous les goûts. Pour ma part, ma préférence va forcément au récit de Florent Couao-Zotti l’enfant aux pieds rouges qui m’a transportée dans mon pays natal le Bénin. Je me suis revue accompagnant ma mère visiter une tante qui habitait Tori Bossito: sur la route nous nous étions régalées d’agouti braisé avec du piment écrasé : un pur délice et surtout nous étions recouvertes des pieds à la tête par la fameuse terre rouge.

Ces nouvelles nous font découvrir neufs écrivains et non des moindres ; leurs récits divers « nous montrent à quel point l’enfance nous poursuit jusqu’à la fin de nos jours ». A mon avis ces écrivains ont de si belles plumes justement parce qu’ils n’ont pas oublié les enfants qu’ils ont été !

Couv. Enfances

Editions Ndzé, 2006

A la courbe du Joliba

A la courbe du Joliba de Maryse Condé

Maryse Condé est l’une des grandes figures de la littérature contemporaine. Son œuvre florissante comprend quelques ouvrages de littérature jeunesse parmi lesquels figurent A la courbe de Joliba.

L’Afrique est l’un des sujets de prédilection de cette auteure ; sujet qu’elle maîtrise parfaitement après avoir vécu en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Ghana et au Sénégal. Maryse Condé est incontestablement la plus africaine des écrivaines guadeloupéenne !

Dans ce récit, on suit le périple d’Aïcha et de ses deux petites sœurs, les jumelles Salima et Rehane qui quittent avec leur mère, leur village troublé du nord de la Côte d’Ivoire pour rejoindre leur grand-mère au Mali. Le régionalisme qui est l’un des grands maux de l’Afrique est évoqué dans ce récit puisque le père des fillettes a quitté sa famille pour combattre avec ses compagnons nordistes les sudistes qui détiennent tout le pouvoir dans le pays, dans une guerre fratricide.

Après une première partie du voyage en bus jusqu’à Bamako, la deuxième partie du périple démarre à bord du « Général Soumaré », le bateau qui remonte le fleuve Niger appelé en Afrique le « Joliba », jusqu’à Gao  où vit la grand-mère des trois sœurs.

Maryse Condé nous décrit à la fois les maux et les merveilles d’une Afrique entre « tradition et modernité ». Le récit des aventures que vivent les fillettes durant ce voyage et des rencontres qu’elles font, constitue un beau conte initiatique à travers lequel on assiste au passage de l’enfance à l’adolescence des trois petites héroïnes.

Le récit est riche et les illustrations sont très belles ; Maryse Condé ayant choisi de s’associer à Letizia Galli qui est une illustratrice talentueuse reconnue dans le monde entier. Vous pouvez faire découvrir ce livre à vos enfants âgés de huit ans au moins. Bonne lecture à eux !

Couv. A la courbe du Joliba

Grasset jeunesse, 2006

Yacouba, chasseur africain

Yacouba, chasseur africain de Ahmadou Kourouma

Ce roman est la contribution du légendaire Ahmadou Kourouma, l’un des plus grands auteurs africains de langue française, à la littérature jeunesse.

La lecture de cet excellent ouvrage peut précéder un séjour en Afrique de nos enfants âgés de dix ans au moins. Dans ce récit, Mathieu un jeune lyonnais d’origine ivoirienne passe ses premières vacances à Abidjan chez son oncle et sa tante.

Le récit débute par le long voyage en avion et ensuite l’Afrique y est décrite de façon pertinente : « l’air chaud et étouffant », l’hospitalité et la convivialité africaines, la nourriture composée de « toutes différentes sortes de féculents qu’on assaisonne avec des produits locaux » toujours fortement pimentée, la circulation anarchique et grouillante, « le marché des feux rouges », « les vendeuses d’aliments chauds assises ou debout à côté de leurs marmites » , « le conte, la musique et la danse », etc.
On découvre le contraste entre le village, terreau de la tradition et univers magique hors du temps, et la ville d’Abidjan qui abrite « un monde moderne sans mythe ». On découvre aussi bien la vie luxueuse d’Africains privilégiés que la misère la plus âpre dans les quartiers d’habitations précaires où les gens n’ont ni eau ni électricité.

Mathieu arrive au pays au moment où doit débuter le kénai, c’est-à-dire les cérémonies initiatiques qui permettront à ceux de sa génération d’être initiés. Le Kénai est « une aventure mystérieuse qui change la vie du jeune initié » ; « au cours de laquelle les garçons et les filles sont scarifiés ».
Sa tante est opposée à cette pratique, parce qu’elle fait courir un danger mortel à ceux qui la subissent à cause des mauvaises conditions d’hygiène. Toutefois, elle ne peut pas s’opposer à celle de sa nièce Saly qu’elle élève car cette dernière est la fille de Yacouba le chasseur sorcier et guérisseur qui préside le kénai.

Le grand maître Yacouba usera de sa magie pour conduire les trois enfants au bois sacré afin qu’ils y soient initiés. Il se heurtera à l’opposition farouche de mamie Aïssata, leur grand-mère. Mais n’y voyons pas une remise en cause de la tradition car la vieille dame obéit avant tout à une prédiction funeste, sont but étant de déjouer le mauvais sort.
En utilisant le procédé de la focalisation interne, donnant la parole à Mathieu, Ahmadou Kourouma, adopte le regard d’un étranger qui découvre « la signification et les enjeux des rites initiatiques » en Afrique.

Couv. Yacouba

Editions Folio, 2011

Le Commandeur d’une pluie

Le Commandeur d’une pluie suivi de L’Accra de la richesse, de Patrick Chamoiseau, illustré par William Wilson.

« Ti Lanniyo! Ti lanni! »

La première histoire se déroule à la Caraïbe « dans ces temps de l’antan » durant « une sécheresse de carême », « Les nègres », les colons blancs et les pères dominicains sont rassemblés par ces derniers pour prier la pluie d’arriver. Alors que tous désespèrent de ne pas voir leur prière exaucée, surgit de la foule « un négrillon commandeur de pluie ».
L’auteur martiniquais Patrick Chamoiseau, avec ce conte nous décrit un monde étrange et magique.

La deuxième histoire se déroule également dans la Caraïbe d’autrefois, et raconte les tribulations d’un jeune « nègre » prénommé Ti-Zeb. Sa mère après s’être tuée au travail dans les champs de canne à sucre n’a pu léguer à son enfant qu’un petit accra pas même chaud.
Patrick Chamoiseau dans une langue chantante et truculente nous conte comment avec force malice et filouterie Ti -Zeb parvient à tirer profit de son accra rassis. De véritables richesses vont s’offrir à lui comme entre autres un coq et un bœuf.

J’ai lu ces deux contes à ma fille âgée de trois ans qui a trouvé très jolies les illustrations originales et colorées du Franco-Togolais William Wilson. J’ai dû interrompre mon récit plusieurs fois pour rire de bon cœur  pendant que je lisais la deuxième histoire qui est vraiment hilarante.

Cet album, recommandé par l’éducation nationale française, est à mettre entre les mains d’enfants âgés de neuf ans au moins en lecture autonome ou à lire à haute voix à des enfants plus jeunes.

Couv. Commandeur d'une pluie

Gallimard, 2002

La légende de Taïta Osongo

La légende de Taïta Osongo de Joel Franz Rosell

De son propre aveu, l’écrivain cubain Joel Franz Rosell utilise l’imaginaire comme distance pour mieux aborder des thématiques plutôt adultes avec des enfants ; il s’agit ici de celle de l’esclavage.

Dans ce récit, Severo Blanco est un négrier sans foi ni loi qui nourrit l’ambition de devenir très riche, or « dans le port de la Havane qui au début du XIXe siècle était devenu l’un des plus actifs du Nouveau Monde, il n’ y avait qu’un négoce capable d’enrichir un marin : pas question de fruits exotiques ni d’épices rares, pas question de bois précieux ni de peausseries. Les hommes, c’est ce qui se vendait le mieux à cette époque, à la Havane et dans les autres ports de la Caraïbe : des hommes noirs, forts et sans liberté. En d’autres termes des esclaves venus d’ Afrique. »

Sa détermination les mènera lui et son équipage au terme d’un voyage épique à « Songoro Cosongo un pays privilégié d’Afrique ». Là Severo Blanco n’aura aucun scrupule à enlever les hommes de ce pays après que ceux- ci les ont lui et son équipage, secourus, accueillis, nourris, soignés et aidés à reconstruire leur navire. Le Roi sorcier et son fils seront également capturés au terme du premier combat qui opposera les deux ennemis légendaires.

A travers le récit des combats menés par Taïta Osongo, par son fils l’esclave Marron et par son petit-fils Léonel, l’auteur met très justement en exergue la lutte et l’insoumission des esclaves contre l’oppression de leurs maîtres. Pour moi, c’est ce qui en fait un très bon récit sur l’esclavage. Toutefois, ce livre est aussi un très beau conte plein de magie et de poésie qui initiera vos enfants dès l’âge de six ans à cette thématique .

Je suis certaine que les Africains avant l’arrivée des colons ressemblaient exactement à cette description : « les hommes savaient aimer la vie, jouir du travail et honorer la nature, et ils étaient bons, forts et sages. (…) Les hommes connaissaient le langage des animaux et avaient des rapports particuliers avec les plantes, de telle sorte que les premiers et les dernières obéissaient de bon grès à leurs désirs »
J’aime à croire qu’aujourd’hui encore demeurent des initiés qui ont gardé intactes toutes ces facultés et peut-être que quelques Taïta Osongo vivent encore retirés dans la Sierra Maestra et dans les forêts denses de l’Afrique.

Couv. La légende de TO

Ibis Rouge, 2004

Coulée d’or

Coulée d’or de Ernest Pépin

« An pa chyen papa » !

La plupart des écrivains, quel que soit le pays où ils ont grandi pensent à l’enfance comme à un univers formateur, un « pays » dont on a peiné à sortir. Les écrivains créoles s’inscrivent dans cette façon de penser,  ainsi le titre du livre d’ Ernest Pépin est plutôt explicite ; la coulée d’or renvoie à l’image de l’enfance considérée comme des pépites d’or.

L’auteur y raconte son enfance dans un bourg nommé Castel « (qui) ne figurait même pas sur la carte de la Guadeloupe mais (…) se haussait à hauteur de royaume » et plus tard à Saint-François, dans les années cinquante.

L’urbanisation galopante n’avait pas encore eu lieu et le livre s’ouvre sur la description d’une végétation généreuse, luxuriante et donc paradisiaque, sur la description des sources auxquelles se rendent les femmes pour laver le linge, des champs de canne à perte de vue dont on aime passionnément le sucre, des jardins créoles où l’on trouve toutes les douceurs que représentent fruits et légumes.

Le petit Ernest grandit dans une famille aimante, et gravitent autour de lui des personnages pittoresques et attachants : M. Raymond, le justicier Ti-Saint Louis, les Indiens méprisés par tous mais dont les cérémonies religieuses fascinent le jeune garçon, le terrible Henri Plutin, la femme sans nom. Chaque portrait est l’occasion pour l’auteur de dégainer un parler créole succulent, truffé d’humour. D’ailleurs dans son univers, les langues française et créole voisinent en bonne intelligence. Pourtant, force est de constater que le créole est utilisé pour donner force à tous les récits du quotidien. M. Quècheqèche dont tout le bourg s’évertue à reprendre le parler et les expressions inventées par lui seul est un spécialiste de la parole truculente .

Ernest Pépin nous raconte l’école dont son papa, revenu après de longues années passées en Métropole est le directeur à Saint-François, les messes du dimanche, les jeux avec ses frères et sœurs, le monde des grands-mounes, les mystères des kimboiseurs, les soirées animées dans lesquelles on raconte des contes et où l’on joue au gwoka. Même les événements tristes prennent une teinture colorée. Ce ne serait pas un livre sur la vie dans les Antilles si l’auteur n’usait pas de termes divers pour désigner une population chatoyante : « Nègre-Congo », « Chaben », « Blancs-France » etc.

Surtout le livre s’achève sur la passion dévorante de l’auteur pour la lecture, cette passion des mots qui l’emmènera inéluctablement vers l’écriture et fera de lui un éminent écrivain créole.

Pendant que vos enfants, à partir de 11 ans, liront ce récit d’Ernest Pépin, vous pourrez vous attaquer à une autre pépite de la littérature antillaise: La Rue Case-Nègres qui raconte l’enfance de l’auteur Joseph Zobel dans la Martinique des années 1930. Ces deux récits dépeignent des sociétés post-esclavagistes en pleine mutation.

couv. coulée d'or

Folio Junior, 2011

Mémoires de l’Esclavage

Mémoires de l’Esclavage de Serge Diantantu

Le mois de mai en France est le mois de la Mémoire depuis la Marche des libertés du 23 mai 1998 ; au cours de ce mois de nombreuses associations et de nombreuses villes organisent diverses manifestations pour commémorer l’abolition de l’Esclavage.

Toutefois c’est un fait incontestable que l’Esclavage et les Traites négrières ne sont pas étudiés à l’école comme ils devraient l’être ! Lorsque nos enfants en entendront parler la première fois, ils recevront un véritable coup de massue. Ils auront envie de disparaître de leur chaise en classe quand leur apprenant va seulement évoquer le sujet, pourtant inscrit dans leurs programmes scolaires, sans le traiter à fond et quand tous leurs camarades vont les dévisager. Je le sais je l’ai vécu…

Plus généralement, c’est à l’école que nos enfants découvrent qu’ils sont des « Noirs » et c’est dur pour eux quand ils réalisent ce qu’ « être Noir » signifie. Les « Noirs » qu’ils sont censés être sont les derniers en tout : ils n’ont rien inventé, « ils ne sont pas entrés dans l’Histoire » comme disait l’autre depuis le sommet de l’Etat français ! Pour résumer: les « Noirs » étaient des sauvages avant l’arrivée des colons puis ils ont été des esclaves et ensuite le Code Noir en a fait des meubles. De nos jours, ils sont les plus pauvres, les sous-développés comme ils disent, ils tombent comme des mouches à cause de la famine, du sida ou d’ebola, ils meurent noyés dans « le ventre de l’Atlantique », ils se comportent comme des barbares en se génocidant les uns les autres.

Si avec tout ça certains arrivent à être « noir et fier » et bien je leur tire mon chapeau ! En réalité la plupart de nos enfants développeront un complexe d’infériorité par rapport à leurs camarades qui eux ne sont pas des « Noirs » et par le même mécanisme vicieux un bon nombre de leurs camarades développeront un complexe de supériorité et se croiront au dessus de tous « les Noirs » de ce monde ! Les médias jouent parfaitement leur rôle ( on verra lequel plus tard…) et à cause d’eux notamment, les fantasmes des uns et les mensonges des autres occupent tout l’espace.

Aujourd’hui notre priorité est de combattre cette ignorance crasse dont nos enfants sont les premières victimes. Concernant l’histoire de l’Esclavage, entre ceux qui martèlent que nous devons tourner cette sombre page de l’histoire de l’humanité et ceux qui comme Serge Diantantu leur répliquent qu’une page doit être lue avant d’être tournée : j’ai choisi mon camp ! Je me range du côté de ceux qui combattent l’ignorance entretenue sur ces questions par les uns et par les autres.

Ainsi je vous conseille fortement de mettre, entre les mains de vos bambins âgés de dix ans au moins, la série des bandes dessinées intitulées Mémoires de l’Esclavage de Serge Diantantu. Fruits de recherches historiques sérieuses et approfondies sur les sujets de l’Esclavage et des Traites négrières ; ces bandes dessinées élaborées grâce au sacré coup de crayon du bédéiste congolais Serge Diantantu constituent un outil pédagogique inédit et indispensable. Ces bandes dessinées ont été réalisées sous le parrainage de l’UNESCO et retracent l’histoire de l’Esclavage avec des personnages, des dates et des lieux authentiques.

Cette série de bandes dessinées nous apprend l’histoire de l’Esclavage par son commencement : depuis la fin de l’Antiquité en Orient jusqu’aux siècles de Traite négrière occidentale et jusqu’à son abolition. Je trouve que le support du dessin est un choix opportun car il permet au jeune public d’appréhender au mieux ce sujet. Avec cette série, Serge Diantantu nous offre un présent inestimable: une étude objective des faits au service d’un enseignement sans complexe de notre histoire commune à tous !

La collection comprenait jusqu’à présent quatre excellents volumes : Bulembemba, En navigant vers les Indes, L’Embarquement de bois d’ébène et Île de Gorée.
Ces ouvrages me semblent incontournables dans toute bibliothèque digne de ce nom et dès le 10 mai prochain nous pourrons compléter notre collection grâce à la sortie en librairie du cinquième volume intitulé Colonies des Antilles et de l’Océan Indien ! Bonne lecture !

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La puissance de la lecture

La puissance de la lecture d’Isaïe Biton Coulibaly

Chers parents de jeunes lecteurs et autres adultes de leur entourage, vous conviendrez avec moi que le monde actuel dans lequel nous éduquons nos enfants est gravement déséquilibré.
Depuis longtemps je rêve de voir émerger de nombreux leaders africains, afro caribéens et afro descendants qui pourront guider nos masses dans la reconquête de notre identité et de nos richesses, pour notre prospérité et notre plus grand bonheur.

Or on ne devient un leader qu’en devenant au préalable un lecteur!!!

Comme le dit très justement l’auteur Isaïe Biton Coulibaly dans son essai intitulé la puissance de la lecture : « seule la fréquentation permanente des livres permet aux jeunes d’acquérir une vaste et vraie culture », il retient la définition de Marcel Adrilla selon laquelle « Une vaste et vraie culture produit les qualités suivantes: modération, tolérance, largeur de vue, liberté, passion du progrès et accroissement de l’être ».
Tout au long de cet ouvrage, monsieur Coulibaly parvient fort bien à nous convaincre que la lecture est puissante et que par conséquent elle devrait être ou devenir une activité prioritaire pour nos enfants et nos jeunes.

En revanche, je ne retiendrai pas tous ses conseils de lecture. Certes, il est nécessaire que nos enfants lisent mais le choix des ouvrages est tout aussi capital !
 » Que serait la pensée humaine sans les livres de Balzac, de Victor Hugo, de La Fontaine, de La Bruyère ? Que peut-on écrire de plus après ces monuments sacrés ? » affirme l’auteur ivoirien.
Pour ma part, je reconnais le caractère universel de toute littérature mais je ne pourrais jamais m’en référer seulement à ces seuls auteurs, et c’est une personne qui a presque tout lu de Maupassant et de Zola qui vous le dit ! D’ailleurs si j’aime lire de nombreux autres auteurs de toutes horizons j’ai une préférence pour notre patrimoine littéraire.

Et justement, soyez convaincus que la Littérature regorge de « monuments sacrés » écrits par nos auteurs ; nous tâcherons de vous les faire connaître sur ce blog. Ces oeuvres sont autant de trésors cachés que vous aurez grand plaisir à trouver. Et bien évidemment nos enfants doivent être initiés au plus tôt à cette formidable chasse aux trésors.

Grâce à la littérature enfantine et de jeunesse, nous avons la possibilité d’intervenir dès les fondations dans la construction du mental de nos jeunes africains et afro- descendants. Les livres en feront des leaders au lieu des êtres complexés (à divers degrés) que nous devenons forcément quand on nous assène depuis toujours que nos semblables n’ont rien apporté à l’humanité et n’ont été qu’exploités, asservis, avilis et déshumanisés.
Tous les enfants en général et les enfants africains et afro- descendants en particulier ont besoin de s’identifier aux héroïnes et héros de romans qui leur ressemblent pour bien grandir et devenir des adultes qui s’auto-estiment.

N’attendons pas que d’autres viennent reconnaître le génie de nos propres auteurs car la plupart des gens respectent et suivent l’adage « charité bien ordonnée commence par soi même ! » et ils ont raison de le faire!!
Il est temps que nous reprenions à notre compte cette belle citation shakespearienne:  » s’auto- estimer est un défaut moins vil que se déprécier soi-même »!
Le coup d’envoi est donné!

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Les classiques africains en coédition avec NENA, 2013

Ouvrage conseillé aux enfants âgés de dix ans et plus.