Ce qu’on peut lire dans l’air

Ce qu’on peut lire dans l’air de Dinaw Mengestu

« On continue vraiment d’exister, qu’on le veuille ou non, avec toutes nos faiblesses et notre beauté »

Je suis intriguée par les récits qui font la part belle aux chemins d’immigration, ces derniers sont difficiles, après tout « les gens heureux n’ont pas d’histoire » et ils sont toujours des chemins identitaires qui nous en apprennent toujours un peu sur nous-mêmes.

Nous découvrons dans ce roman le parcours semé d’embûches du père de Jonas qui quitta son Ethiopie natale, pays africain marqué par de nombreux soubresauts politiques, pour aller s’installer aux Etats-Unis. Par le procédé de la mise en abyme c’est Jonas, le fils de cet immigré, devenu enseignant à la faculté qui raconte à ses étudiants le voyage de son père. Jonas leur délivre ce récit épique, épisode par épisode ; il les maintient en haleine grâce à un suspense savamment entretenu. En réalité, l’histoire de son père ne lui a jamais été délivrée comme telle. Le jeune homme n’a fait que construire telle une pelote que l’on dévide, cette histoire personnelle qui pourrait être celle de tout clandestin. Après avoir travaillé des années durant dans un centre de rétention, Jonas est devenu un expert du monde des réfugiés.

Ce que l’on peut lire dans l’air est une traduction française du titre américain tout à fait pertinente car en effet, ce roman est surtout le livre du silence, des malentendus, des incompréhensions, des choses que l’on doit deviner car elles ne vous seront jamais dites. C’est d’autant plus vrai s’agissant du couple que forment Jonas Woldemariam et son épouse Angela. Les deux exercent des métiers prestigieux: avocat et professeur spécialiste de poésie américaine, mais parce que l’un travaille à mi- temps et l’autre est étranglée par le remboursement de son prêt universitaire, ils vivent chichement. Angela est envahie par l’angoisse de chuter socialement. Les difficultés que Jonas rencontre dans son couple le ramène à l’histoire jamais totalement appréhendée de ses parents. Il n’a en tête que la violence des coups, des paroles, des silences, des cris qu’échangeaient ceux-ci. Comment être heureux quand finalement le mode d’emploi ne vous a jamais été donné?

Ce roman ne dit pas combien le choix d’aller vivre en Occident permet de se réaliser. Il montre combien les fragilités se creusent faute de trouver une écoute en arrivant. Partager la même douleur ne fait pas des gens des complices mais plutôt des ennemis. Finalement le chaos ne se trouvait pas seulement en Ethiopie mais bien vivace dans le cœur de chacun de ces personnages vivant désormais sur une terre de « liberté » ! Jonas bien que né en Amérique va hériter du mal de vivre de ceux qui l’ont mis au monde ; la souffrance ne se laisse pas abandonner si facilement !

Couv. Ce qu'on peut lire

Editions Albin Michel, 2011

 

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