Coulée d’or

Coulée d’or de Ernest Pépin

« An pa chyen papa » !

La plupart des écrivains, quel que soit le pays où ils ont grandi pensent à l’enfance comme à un univers formateur, un « pays » dont on a peiné à sortir. Les écrivains créoles s’inscrivent dans cette façon de penser,  ainsi le titre du livre d’ Ernest Pépin est plutôt explicite ; la coulée d’or renvoie à l’image de l’enfance considérée comme des pépites d’or.

L’auteur y raconte son enfance dans un bourg nommé Castel « (qui) ne figurait même pas sur la carte de la Guadeloupe mais (…) se haussait à hauteur de royaume » et plus tard à Saint-François, dans les années cinquante.

L’urbanisation galopante n’avait pas encore eu lieu et le livre s’ouvre sur la description d’une végétation généreuse, luxuriante et donc paradisiaque, sur la description des sources auxquelles se rendent les femmes pour laver le linge, des champs de canne à perte de vue dont on aime passionnément le sucre, des jardins créoles où l’on trouve toutes les douceurs que représentent fruits et légumes.

Le petit Ernest grandit dans une famille aimante, et gravitent autour de lui des personnages pittoresques et attachants : M. Raymond, le justicier Ti-Saint Louis, les Indiens méprisés par tous mais dont les cérémonies religieuses fascinent le jeune garçon, le terrible Henri Plutin, la femme sans nom. Chaque portrait est l’occasion pour l’auteur de dégainer un parler créole succulent, truffé d’humour. D’ailleurs dans son univers, les langues française et créole voisinent en bonne intelligence. Pourtant, force est de constater que le créole est utilisé pour donner force à tous les récits du quotidien. M. Quècheqèche dont tout le bourg s’évertue à reprendre le parler et les expressions inventées par lui seul est un spécialiste de la parole truculente .

Ernest Pépin nous raconte l’école dont son papa, revenu après de longues années passées en Métropole est le directeur à Saint-François, les messes du dimanche, les jeux avec ses frères et sœurs, le monde des grands-mounes, les mystères des kimboiseurs, les soirées animées dans lesquelles on raconte des contes et où l’on joue au gwoka. Même les événements tristes prennent une teinture colorée. Ce ne serait pas un livre sur la vie dans les Antilles si l’auteur n’usait pas de termes divers pour désigner une population chatoyante : « Nègre-Congo », « Chaben », « Blancs-France » etc.

Surtout le livre s’achève sur la passion dévorante de l’auteur pour la lecture, cette passion des mots qui l’emmènera inéluctablement vers l’écriture et fera de lui un éminent écrivain créole.

Pendant que vos enfants, à partir de 11 ans, liront ce récit d’Ernest Pépin, vous pourrez vous attaquer à une autre pépite de la littérature antillaise: La Rue Case-Nègres qui raconte l’enfance de l’auteur Joseph Zobel dans la Martinique des années 1930. Ces deux récits dépeignent des sociétés post-esclavagistes en pleine mutation.

couv. coulée d'or

Folio Junior, 2011

2 commentaires


    1. Nous sommes ravies qu’elle te plaise Marie Noëlle 😉

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