Désir d’Afrique

Désir d’Afrique de Boniface Mongo-Mboussa

« Désir d’Afrique nous offre la possibilité d’aborder la littérature africaine sous la forme d’une mise en scène où apparaissent nombre des principaux acteurs qui la font » Sami Tchak (postfacier de cet essai)

Mongo Mboussa est écrivain et critique littéraire congolais mais il est également corédacteur en chef de la revue Africultures, qui arbore le fameux peigne afro de couleur noir comme sigle.

Dans cet essai, Mongo Mboussa commence par réhabiliter les classiques de la littérature négro africaine trop souvent disqualifiés ou ignorés par les autres critiques littéraires ; il nous exhorte à les relire. Il part du postulat que lire les classiques africains est très important parce que ces œuvres marquent une continuité avec les œuvres modernes mais également parce que certains classiques demeurent d’une modernité déconcertante. Pour ce faire, il ne se contente pas de nous dresser une liste non exhaustive de ces œuvres classiques que nous devrions lire, mais il nous présente une bibliographie complète, en commençant par le premier classique Chaka, ce roman épique de l’auteur Thomas Mofolo maintes et maintes fois réécris. Mongo Mboussa nous présente tous les pères fondateurs, leurs œuvres incontournables et les thèmes abordés par ceux-ci. Ensuite il donne la parole à quelques grandes figures de cette littérature classique africaine en transcrivant leurs interviews. Le lecteur découvre ainsi Wole Soyinka, Mongo Beti, Ahmadou Kourouma et Cheikh Hamidou Kane. Il n’a plus qu’à choisir quels classiques il a envie de lire, ce choix sera différent pour chacun de nous, toutefois grâce à cet essai le lecteur aura entendu parler de tous et il aura ensuite sa vie entière pour y revenir.

Tout au long de cet essai Mongo Mboussa , grâce à un jeu de questionnements divers adressés directement aux auteurs ou aux critiques littéraires qui ont travaillé sur leurs œuvres, nous fait découvrir bon nombres d’écrivains africains et antillais. Il s’agit entre autres des poètes de la Négritude, des écrivains de la Créolité,  des écrivains du Fest’Africa de Kigali au Rwanda, des écrivains congolais, des écrivains de la diaspora.

L’ouvrage s’achève par l’évocation du Panafricanisme, qualifié par le critique littéraire Philippe Dewitte « de grande et généreuse utopie du XXe siècle n’étant plus à l’ordre du jour ! » Il me tend ainsi la perche pour formuler la seule critique à l’encontre de cet excellent ouvrage, à savoir qu’il manque un chapitre sur la littérature du Panafricanisme qui est, n’en déplaise à certains, très réel et très actuel et un dernier chapitre sur la littérature de la Renaissance africaine. Peut-être cette demande sera-t elle exaucée dans une possible réédition puisque cet essai a tout de même quinze ans.

J’ai choisi ce livre à cause de son titre Désir d’Afrique sans rien connaître de son contenu. J’espérais découvrir pourquoi je continue à désirer aussi profondément mon Afrique, malgré cet afro-pessimisme ambiant, malgré mes propres expériences pas toujours très heureuses, malgré les nombreux et très réels problèmes de l’Afrique. J’ai été agréablement surprise de découvrir un livre sur la littérature africaine qui semble avoir été écrit pour l’apprentie écrivaine que je suis. Liss Kihindou dans son ouvrage Chêne de Bambou faisait très justement dire à son héroïne Inès que qui veut devenir écrivain a tout intérêt à lire beaucoup : « tous les écrivains que je connais ont d’abord été de grands lecteurs, alors lis les grands pour que tu grandisses à ton tour ». Avec cet essai, Mongo Mboussa a réussi à renforcer mon envie de lire encore plus d’auteurs « afro » (africains, afro-caribéens et afro-américains) et de transmettre cette même envie au plus grand nombre.

Ahmadou Kourouma  dans la préface de cet essai qualifiera affectueusement les écrivains africains de « chevaliers de la plume » pour rendre hommage à leurs différents combats, dont le premier, et non des moindres, demeure encore aujourd’hui d’être lus.

Une chose est sûre cet essai de Boniface Mongo Mboussa est à lire de toute urgence !

2016-11-07-16-37-50

Editions Gallimard, 2002

 

Un commentaire


  1. Merci à toi Gisèle, pour cette immersion dans le bouillon littéraire noir, que tu nous proposes à la suite de Mongo Mboussa. Je crois que notre véritable désir d’Afrique est que cette Afrique des désirs, devenue le confluent de toutes ces eaux prêtes à faire chavirer le navire de ses espoirs, cette Afrique des grandes ambitions et convoitises, puisse tenir dans le vent et vanter ce qu’elle a de meilleur: sa soif d’un lendemain meilleur.Un combat de tous les jours qui implique l’intervention de tous les chevaliers de la plume, un combat de toutes les nuits qui revendique l’ardeur de tous les veilleurs d’hier, d’aujourd’hui et de demain, qui, à la lumière de leurs paroles et prises de positions, peuvent aider la jeune génération à se rendre davantage compte de ce que toute révolution est d’abord culturelle. Puissent les plumes ne point s’émousser ou se laisser emporter par les tempêtes du découragement ou de l’afro-pessimisme, pour que continue de briller la vieille marmite dont les mets ont toujours une senteur nouvelle.

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