Discours afrocentriste

Discours afrocentriste sur l’aliénation culturelle de Jean-Philippe Omotunde

« L’assimilation forcée est un viol de la personnalité qui ne peut produire que des déracinés ».

S’il est un auteur qui nous pousse à approfondir cette question fondamentale de l’identité des Africains et des Afro-descendants c’est bien Jean-Philippe Omotunde ! Ce chercheur en histoire, enseignant et auteur afro-caribéen originaire de la Guadeloupe défend une position relativement marginale, soit celle d’assumer, que dis-je, de revendiquer plutôt, son héritage africain. Jean-Philippe Omotundé considère que son île natale n’est qu’ une excroissance culturelle du continent kamit. Pour lui, la créolité est un concept flou qui n’a pour vocation que de dynamiter la question des origines des Antillais.

Dans son ouvrage intitulé Discours afrocentriste sur l’aliénation culturelle l’auteur guadeloupéen dépasse les discours de Frantz Fanon et d’Aimé Césaire pour décrire ce mal profond et dévastateur qu’est l’aliénation culturelle et surtout il nous propose des solutions pour le vaincre.

Tandis que de nombreux auteurs se font les chantres du multiculturalisme réussi, notamment par le biais du métissage mis au rang de valeur cardinale, la prise de position de Jean-Philippe Omotunde équivaut à un gros pavé jeté dans la mare, certainement pour nous rappeler que cette eau dont on s’abreuve depuis si longtemps nous empoisonne et nous tue ! L’auteur guadeloupéen n’y va pas par quatre chemins pour nous démontrer que les Antillais mais aussi les Africains sont maintenus dans une aliénation culturelle profonde.

Il propose une analyse très juste des mécanismes de ce procédé comme tout d’abord la mise en perspective des théories racistes du XIXe au début du XXe siècle (Gobineau, E. Renan, Vacher de la Pouge etc.) puis il dénonce l’éducation inadaptée aux Antilles, il évoque ensuite les conflits qui sont engendrés dans les sociétés africaines et afro-caribéennes. Il nous explique enfin les enjeux politiques et culturels qui découlent de cette façon de procéder. Après les constats, viennent les solutions : cet ouvrage prescrit les modalités d’une reprise en main identitaire.

Ce texte est à découvrir de toute urgence, ne vous en privez surtout pas !

Toutefois, je tiens à préciser que je ne pense vraiment pas que les Egyptiens anciens se soient nommés eux-mêmes en fonction de la couleur de leur peau. N’oublions pas que le colorisme a été défini au XVe avec les Portugais et que ce sont les intellectuels anglais, américains et français qui l’ont théorisé au XXe siècle. Je prends pour exemple le mot « bantu » en langue du même nom qui signifie tout simplement « être-humain » et non « Noir » comme on peut le lire un peu partout. Le constat que nous devons faire c’est que même les mots servant à nous définir, jusqu’au nom du continent Afrique, sont en langue étrangère. N’allons pas croire que les Africains faisaient un cas véritable de la couleur de peau au point de se définir en fonction d’elle. Ce sont les autres, les étrangers qui nous ont décris comme Noirs. Soyons donc vigilants dans ce travail de réappropriation de notre identité ; à mon avis il doit commencer nécessairement par l’abandon du vocable « Noir » pour nous définir, car il nous a été imposé par des diables étrangers !

Un grand merci au professeur Omotunde pour cette prise de conscience !

Couv. Discours afrocentriste

Editions Ménaibuc, 2006

1 pensée sur “Discours afrocentriste”

  1. Ce n’est pas en parlant qu’on change une état de chose, c’est en se sacrifiant….
    Nos racines sortent de l’Arbre mon chère Monsieur Omotunde…
    Le désir de changement, a vaincu la campagne de la résignation…

Laisser un commentaire