Homegoing

Homegoing de Yaa Gyasi

L’histoire relatée dans Homegoing débute au XVIIIe siècle en Afrique occidentale, dans un territoire correspondant à l’actuel Ghana, pays dont est originaire son auteur Yaa Gyasi.

Maama, après s’être enfuie de chez Cobbe, son maître Fanti, en lui abandonnant leur fille Effia, a épousé  Grand Homme Asare un Ashanti avec lequel elle a eu une autre fille prénommée Esi. Effia sera mariée à un Anglais capitaine du Fort de Cape Coast et mènera une vie confortable au dessus des cachots regroupant les captifs victimes du commerce triangulaire. Sa sœur Esi sera emprisonnée au dessous après avoir été raflée dans son village, pour ensuite être expédiée en Amérique en tant qu’esclave.

D’un chapitre à l’autre nous voyons les descendants des deux sœurs se débattre avec leur destin. Du côté américain, les descendants de Esi subissent l’esclavage dans les champs de cotons, les travaux forcés, la ségrégation raciale, la violence sociale, la violence policière et le racisme. Du côté africain, les descendants de Effia subissent les guerres tribales et le métissage qui entretiennent la traite des esclaves initiée par les Portugais à la fin du XVe siècle, la guerre de résistance contre les Anglais, la colonisation et la néo-colonisation. A travers l’histoire de cette famille Fanti et Ashanti, c’est véritablement trois siècles d’histoire des Africains du continent et des Afro-américains qui se déroulent sous nos yeux.

Grâce à son talent incontestable Yaa Gyasi réussit brillamment à mêler la fiction et l’histoire pour nous toucher en plein cœur. Son projet très ambitieux a nécessité sept ans de recherches et de travail narratif; le résultat est absolument magistral. Ce récit se révèle d’une rare intensité et à mon avis il a une portée que nous ne pouvons pas encore mesurer pleinement aujourd’hui.

Ce texte nous rappelle que nous ne mesurons pas assez l’impact de notre mémoire transgénérationnelle dans nos vies. Tandis que nombreux sont ceux qui nous exhortent à l’oubli, ce texte de Yaa Gyasi semble au contraire encourager chacun à dérouler le fil de sa propre histoire familiale. Parce qu’ils ont un impact dans nos vies, les traumatismes subis par nos ancêtres doivent être reconnus pour qu’enfin nous puissions en guérir.

Titre en français No home

Calmann-Lévy, 2017

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