La carte d’identité

La Carte d’identité de Jean-Marie Adiaffi

Ce titre fait écho à une problématique toute contemporaine. En effet, la société française aujourd’hui encore, montre de vives crispations dès lors qu’il s’agit d’attribuer ce précieux document à d’honorables citoyens étrangers. La carte d’identité fut imposée en France sous le régime de Vichy, auparavant seuls les Gitans étaient sommés d’en posséder une au XIXe siècle. Aujourd’hui en Occident, la carte d’identité détermine purement et simplement qui vous êtes, c’est-à-dire à quelle nation vous appartenez et elle constitue un laissez-passer, au bénéfice de ceux qui appartiennent aux nations du « Nord ».

L’histoire se déroule en Côte d’Ivoire dans un village nommé Bettié, anciennement étape de la route du sel ; le fondateur de cet ancien royaume était considéré comme « le roi soleil des Agni ». Elle met en scène deux hommes : Kakatika, le commandant à la tête du cercle et Mélédouman, descendant de Roi qui, si la colonisation n’avait pas enserré de ses griffes ce petit monde africain, aurait été à la tête de Bettié un prince juste et à l’écoute attentive des siens.

Le roman dévoile une mise en perspective de deux univers ; d’une part celui du colonisateur et d’autre part celui du colonisé. Le narrateur omniscient n’a de cesse d’opposer ces deux univers. Le livre s’ouvre sur une convocation de Mélédouman chez Kakatika où il lui est ordonné de présenter sa pièce d’identité dans un délai imparti. Cette requête est tout à fait inattendue et elle ne sera jamais motivée. Elle aboutira même à un séjour en prison pour Mélédouman, au terme duquel il aura sept jours pour retrouver cette satanée carte d’identité : une véritable quête initiatique.

Ce roman met en lumière une sévère contradiction car ceux qui sont soit disant au plus haut degré de la civilisation sont les mêmes qui se sont introduits avec violence sur le territoire d’autrui. Kakatika le représentant de cette « civilisation généreuse » se montre d’une grossièreté à peine descriptible. Face à lui lors d’interminables joutes oratoires, Mélédouman, avec dextérité et intelligence, n’aura de cesse de pointer du doigt les contradictions de cette mission civilisatrice et de défendre son identité ivoirienne, son identité africaine.

Tous les sujets y sont abordés : la religion chrétienne dont le père Joseph est le pitoyable représentant et qui met à mal l’animisme originel ; l’école qui n’est pas adaptée aux autochtones ; les droits de l’Homme qui ne s’appliquent pas aux hommes africains ; le pouvoir politique.

A mon avis, le livre souffre quelque peu d’une tension parfois mal maîtrisée entre les dimensions romanesque et poétique mais il ne peut laisser aucun lecteur indifférent ! La réalité crue de la colonisation est dépeinte sans ambages. Après la lecture de La Carte d’identité il vous sera impossible de penser en toute bonne foi qu’il y a eu « des aspects positifs » à la colonisation africaine !

Couv. La carte d'identité

Hatier, 2002

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