Les enfants sont une bénédiction

Les enfants sont une bénédiction de Buchi Emecheta

Chronique proposée par l’écrivain et chroniqueuse littéraire Edna Merey Apinda

L’écrivaine nigériane Buchi Emecheta est une auteure prolixe. Avec son roman Citoyen de seconde zone elle nous a permis de lever un pan de ce qu’a pu être sa vie d’immigrée arrivée en Grande-Bretagne pour y rejoindre son époux. Sa plume suscite en nous des réactions fortes, virulentes parfois. Nous avons l’impression d’emprunter les montagnes russes en la lisant. Le style simple et limpide de Buchi Emecheta permet au lecteur de plonger rapidement dans l’histoire et de se l’accaparer. C’est cela qui fait de ses romans de si bons romans.

Les enfants sont une bénédiction : le titre ne nous dévoile qu’une partie de ce qui nous attend. A sa lecture, nous  voyons toute l’ironie que cache ce titre. Les enfants sont une bénédiction ; c’est bien ce que répètent nos grand-mères car nous supposons dans les sociétés dans lesquelles nous avons grandi, que les enfants sont le prolongement de nous-même. Sans enfant, nous arrêtons d’exister et nous ne sommes rien. Le mieux encore est d’en avoir beaucoup. Tant que Dieu donne, nous prenons. S’il n’en donne pas, c’est le drame.

Dans nos sociétés africaines, tant qu’elle n’a pas d’enfant la femme est considérée comme n’étant femme qu’à moitié. Et si elle ne fait pas d’enfant la situation peut empirer pour elle. D’entrée de jeu, nous faisons corps avec Nnu Ego, le personnage principal de l’œuvre, fille d’un grand chef Ibo, orpheline de mère. C’est une femme dans le Nigéria des années 30. A cette époque, une femme n’avait pas d’autre choix que d’épouser celui que son paternel avait choisi pour elle. L’amour, non. La raison oui. Nnu Ego se marie, oui, mais ne parvient pas à faire d’enfant. Elle pourrait se laisser abattre, rester cloîtrée dans son village et se laisser mourir mais elle relève la tête et débarque dans la grande ville : Lagos. On découvre avec elle, ce que cette ville a de magique, de troublant, de dangereux, de vivifiant… Et là, tout est possible. Nnu Ego rencontre Nnaife. Ils se marient. Elle fait des enfants à cet homme, un bon à rien qui boit et qui ne l’aide guère. Elle devient une femme active se battant pour la réussite de ses enfants. Elle mène une vie de combat, pourrait-on dire. Nous  lisons  et nous imaginons, la force, l’effort, la sueur, le don de soi jusqu’à l’asservissement; et nous lisons entre les lignes l’espoir d’une mère, qui se bat pour que ses sept enfants aient le meilleur.

Avec sa plume Buchi Emecheta nous donne à réfléchir sur la vie, à nous poser des questions. Mais par-dessus tout, elle parvient à nous faire partager le quotidien de femmes fortes, qui ne se laissent pas faire par le destin, malgré les turpitudes de la vie. Ces femmes relèvent le défi pour réussir à sortir de la misère et à garder la tête haute.

Une pensée me reste après avoir  refermé le livre, nous pouvons ouvrir des axes de réflexion sur cette société fortement patriarcale qui donne la place belle à l’homme au détriment de ce que peuvent apporter les femmes.

J’ai aimé voyager à travers le Nigeria, découvrir ses us et coutumes et apprécier la chaleur et l’apprêté des relations humaines que Buchi Emecheta nous décrit si bien. C’est épicé, coloré, chaleureux…

C’est un très beau roman que je vous conseille. Vous passerez un moment aussi divertissant que constructif.

Couv les enfants sont une bénédiction

Editions 10/18, 1999

2 pensées sur “Les enfants sont une bénédiction”

  1. Merci. C’est une belle chronique qui nous donne envie de relire ce roman.
    j’aime beaucoup la littérature nigériane car elle est pleine de couleurs et de saveurs.
    on ne s’ennuie jamais en lisant ces auteurs.
    Et LES ENFANTS SONT UNE BENEDICTION est un roman qui m’a particulièrement marquée.

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