Mr Potter

Mr Potter de Jamaica Kincaid

La question de l’identité s’articule le plus souvent avec le continent ou le pays d’origine. Toutefois, il peut également s’articuler avec la communauté dans laquelle nous avons grandi et dans celle où nous évoluons adulte. Néanmoins, nous oublions souvent de penser l’identité du point de vue de la filiation.

Alors que la plupart des sociétés africaines avant l’invasion coloniale pouvaient se réclamer du matriarcat, en Occident mais aussi en Orient ces univers sont patriarcaux. C’est dire alors que la place du père est fondamentale pour la construction d’un individu.

Elaine est née à Antigua et a été élevée par sa mère célibataire originaire de la Dominique. Elle n’a jamais parlé à Mr Potter son géniteur, mais tout au long de ce récit, elle n’aura de cesse de « refonder » cette filiation, capitale pour donner corps à son identité. En outre, ses racines antillaises se fondent également dans des rapports puissants de classes. En effet, la petite île d’Antigua abrite une population originaire d’Afrique ; celle dont est issue sa famille paternelle, mais elle abrite également des immigrés d’Europe de l’Est et des Libanais. Chaque groupe prend soin de ne jamais se mélanger, les premiers étant sourdement méprisés par les autres qu’ils servent pour des salaires modiques.

Le père d’Elaine ne s’est pas opposé à la reconnaître , il l’a juste purement et simplement ignorée. Elle n’a de cesse de revendiquer, de marteler que Mr Potter est son père. Ce livre met bien en exergue que ceux qui ont contribué à nous mettre au monde ne peuvent pas d’un revers de main se refuser à notre regard inquisiteur. Tout individu a le droit de savoir qui il est, à travers ceux qui justement, l’ont précédé.

D’une façon très intimiste, Jamaica Kincaid par la voix de son héroïne traite aussi bien de la question de l’amour qui jamais n’a pris forme que de la question de l’absence du père. Elle pourfend ainsi l’idée commune selon laquelle ceux qui vous mettent au monde vous attendent forcément et sont émus par le miracle de votre vie ! En filigrane l’auteur met en exergue le fait que l’identité fracturée n’est pas forcément atavique. En effet, elle n’a de cesse de souligner que Mr Potter était analphabète, alors que sa fille est devenue un éminent auteur passionnée des mots dont elle use de manière lancinante. Les mots constituent une sorte de filiation pour Elaine.

Cet ouvrage est d’après moi un livre inquiétant et déroutant qui doit être lu jusqu’au bout, sans jamais faiblir, car une fois cette lecture achevée, surgit l’envie d’aimer ses enfants démesurément !

Couv. M. Potter

Editions de l’Olivier, 2004

Un commentaire


  1. J’aime le style de cette auteure car il y a beaucoup de chaleur dans son écriture.

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