Quand les Noirs avaient des esclaves

Quand les Noirs avaient des esclaves blancs de Serge Bilé

Serge Bilé est un empêcheur de penser en rond qui n’a pas peur de plonger dans le torrent de préjugés, ceux accolés aux populations africaines et afro-caribéennes. Pour lui il faut s’en extraire et nous avons les moyens de le faire. En bon journaliste qu’il est celui-ci ne refuse pas les bonnes polémiques. Ses récits louvoient entre le récit historique et l’anecdote, mais quoi qu’il en soit, l’auteur ne se prévaut nullement d’être historien. Son mérite premier est de mettre à jour des thématiques inédites. Pour ma part j’ai pris connaissance de son travail avec le texte Noirs dans les camps nazis : un pavé dans la marre médiatique quand on sait de quelle façon le devoir de mémoire est devenu chasse gardée des élites. Bilé rappelle ainsi que le méchant nationaliste qu’était Hitler avait non seulement jeté dans les camps les populations juives honnies mais aussi nombre d’africains du continent engagés dans les troupes coloniales, ceux vivant sur le sol européen et pléthore d’Antillais venus combattre pour la France. Ce qui n’est jamais enseigné dans les manuels d’histoire français, je peux vous le confirmer.

Dans cet opus le journaliste dresse un portrait étonnant de souverains africains. De cette façon il porte à notre connaissance les mythiques empires du Mali, du Ghana, de Songhaï. Nous avons peine à imaginer que des empires ont été si grands quand on observe le découpage des frontières actuelles. Imaginez un empire qui parte du Sénégal actuel jusqu’au Dahomey et cela avec une relative unité ! Surtout il fait défiler sous nos yeux des empereurs tout aussi célèbres que certains souverains français, italiens, espagnols, indiens et arabo-berbères. Ces derniers au moment où nous écrivons sont toujours passés sous silence par l’Education nationale française alors même qu’ils entretenaient tous des rapports relativement étroits. Empires où dominaient les commerces de l’or, du sel entre autres. Des souverains qui accordaient une place prépondérante à la culture et certains avaient même un goût prononcé pour les livres. La diffusion du savoir n’était pas en reste et un lieu incarnait ce désir de propager les connaissances ; la prestigieuse université de Sankoré.

Le thème principal du livre est cependant l’esclavage ! Je ne sais pas si tous les africanistes seront d’accord avec Serge Bilé mais l’auteur confirme le fait que les Africains n’étaient pas selon l’idée largement répandue seulement victimes de ce système, ils en étaient aussi des acteurs. User de la force d’autrui était un principe fortement ancré dans toutes les sociétés du monde. Et ce qui ne nous est jamais dit c’est qu’en réalité les souverains africains achetaient des esclaves « blancs », en termes corrects ils venaient de Turquie, de Géorgie, d’Arménie etc. Toutefois force est de constater qu’à cette époque à la différence des souverains arabes musulmans lesquels n’avaient de cesse de procéder à des incursions incessantes dans les empires limitrophes, jamais les chefs africains n’ont théorisé sur le fait que l’esclavage était une pratique règlementaire. De manière cynique la seule injonction qui était faite dans le Coran était de traiter les esclaves au mieux. L’histoire a montré que cette prescription a souvent été oubliée voire niée. Il n’était pas rare qu’un esclave puisse remplir des fonctions politiques au sein du royaume ou de l’empire africain. Enfin nous remarquerons que les trahisons viennent souvent des élites car nombre de souverains ont fait le choix de se convertir à l’islam reléguant au second plan leurs propres religions. Ils ont aussi fait le choix de la langue arabe comme langue prédominante du savoir. Peut-être cela peut se comprendre du fait qu’en réalité les foyers intellectuels qu’étaient Damas, Cordoue, Grenade, le Caïre mais aussi Gao et Tombouctou ne pouvaient dialoguer qu’avec une langue commune.

Avec ce petit livre faites une plongée entre autres dans les royaumes de Wagadou, Koumbi-Saleh et faites connaissance avec Soudiata, Soumahoro Kanté, Kankan Moussa, des héros totalement oubliés alors même qu’on leur doit d’avoir maintenu debout des années durant différents empires africains.

Couv. Quand les noirs avaient des esclaves blancs
Editions Pascal Galodé, 2008

2 commentaires


  1. Je ne suis pas du tout fan de Serge Bilé que je trouve beaucoup trop approximatif dans ces récits qui suivent souvent une logique qui n’appartiennent qu’à lui, mais ai tout de même appris pas mal de choses dans les Noirs dans les Camps Nazis et Blanchissez-moi tous ces nègres que j’ai lus. Votre critique attise ma curiosité. Pourquoi ne pas me laisser tenter par « Quand les Noirs avaient des esclaves blancs »

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    1. Nous serons ravies de lire ton avis sur cet ouvrage de Serge Bilé. Bonne lecture!

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