Le viol de l’imaginaire

Le Viol de l’imaginaire de Aminata Traoré

« La violence politique et institutionnelle bafoue notre souveraineté et ravage nos territoires, la violence symbolique s’attaque quant à elle à notre mémoire et à notre imaginaire »

Aminata Dramane Traoré est une femme politique et écrivain malienne. Beaucoup seraient tentés de ne pas accorder trop de crédit à quelqu’un qui a pu trouver place dans un quelconque gouvernement quand on sait la complicité de nos gouvernants avec les puissances néo-coloniales pour piller l’Afrique et ravager notre continent. En réalité Aminata Traoré est surtout une militante altermondialiste et une personnalité incontournable de la société civile malienne. Son expérience en tant que ministre de la culture et du tourisme au Mali lui a permis d’appréhender dans toute leur complexité les rapports qui perdurent entre nos pays africains et leurs anciens colonisateurs.

Dans cet ouvrage, l’écrivain malienne nous explique que les rapports économiques et politiques dans lesquels nous sommes pris de façon violente sont subordonnés avant tout à notre imaginaire africain qui est maltraité. C’est-à-dire que nous nous pensons à travers le regard de ceux qui n’ont de cesse de nous humilier et de vouloir toujours nous soumettre. L’Occident pour asseoir sa domination assigne nos peuples au rang des pauvres, ainsi « après avoir été ses esclaves, ses colonisés, ses tirailleurs, nous sommes aujourd’hui ses pauvres et nous acceptons ce sort ».

Nous n’arrivons pas à comprendre que la mondialisation cette compétition à laquelle nous souhaitons tant participer, est une course effrénée totalement vaine car les dés ont été pipés d’avance. Pour preuve : tous les clignotants sont au rouge malgré les résultats de taux de croissance extraordinaires de certains de nos pays. Face à ces résultats prétendument bons, l’écrasante majorité de la population ne bénéficie absolument pas de ces envolées économiques, le pire est que sa situation ne cesse d’empirer ! Cette situation perdure notamment parce que « La mondialisation, avant d’être économique et financière, ou pour l’être, procède au lavage des cerveaux de l’élite politique et intellectuelle ».

Pour démonter ces mécanismes économiques pervers, Aminata Traoré prend l’exemple de son pays le Mali, considéré des années durant comme un modèle par les organismes internationaux. Le Mali a eu beau se plier aux prescriptions ultra libérales, force est de constater que les résultats du point de vue économique comme du point de vue social se sont révélés désastreux ! Elle nous montre aussi qu’il existe une guerre des mots car finalement que signifie réellement « être riche » et « être pauvre » ?

Ce livre nous démontre que nous ne sommes pas sortis des rouages anciens de la domination. Aujourd’hui le critère de l’argent sonnant et trébuchant a remplacé celui de la religion et de l’idéologie pour qualifier l’Africain de sous-homme et véhiculer le mensonge qu’il n’est pas encore rentré dans l’histoire.
Une chose est sûre nous ne serons pas indépendants tant que nous refuserons de penser par nous-mêmes qui nous sommes, quelles sont nos aspirations, nos projets, nos ambitions, nos feuilles de route. L’imaginaire d’autrui n’aura de cesse de vouloir nous coloniser, il en va de notre survie de lui résister!

Editions Actes Sud, 2002

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