Les voleurs de sexe

Les voleurs de sexe de Janis Otsiemi

Chronique proposée par le journaliste écrivain Anthony Mouyoungui, que vous pouvez suivre sur son site  anthonymouyoungui.blogspot.fr

Les voleurs de sexe : une plongée dans les bas-fonds de Libreville.

Lorsque j’ai eu ce livre en mains j’ai souri car le titre m’a fait penser à une psychose qui a régné à Pointe-Noire, capitale économique du Congo, autour des années 2007 et 2008 consécutive à une rumeur sur les voleurs de sexe de façon mystique. J’étais alors reporter pour DVS+, une station de radio et de télévision locale, mais contrairement aux inspecteurs Koumba et Owoula de la P.J. de Libreville, deux protagonistes du roman de Janis Otsiemi, je n’ai pas pu tomber sur un voleur ni sur une victime ! Par la suite, la rumeur s’était dissipée au vent, remplacée par une autre.

Dans le polar de Janis Otsiemi, les policiers enquêtent sur trois affaires en dix jours: le vol de sexe, les photos du président et le braquage. Les enquêtes se déroulent en parallèle sans nuire à l’ensemble, les personnages évoluent dans un même univers sans contact direct les uns avec les autres. Ce qui m’a fait penser à ‘’Collision’’, le film de Paul Haggis qui relate plusieurs évènements qui n’ont aucun lien apparent entre eux sauf le lieu où ils se déroulent. Le roman de Janis Otsiemi est construit selon le même schéma, ce qui fait de Libreville le personnage central du roman. En effet, les trois affaires ont pour scène la capitale gabonaise.

Les voleurs de sexe est un roman très sombre et très violent; la plupart des scènes se déroulent la nuit. Cette violence et cette noirceur transparaissent aussi dans les dialogues entre les personnages. L’écriture de l’auteur, teintée parfois d’humour, fait la part belle aux expressions typiquement gabonaises. Ce roman est une plongée dans une face de Libreville inconnue du grand public ; un univers impitoyable où se côtoient flics véreux, grands bandits et petits malfrats sans envergures, opportunistes et naïfs, qui ont tous un point commun : leur envie de s’en sortir et de tirer leurs épingles du jeu dans un pays dominé par un clan. Pour cela, tous les moyens sont bons : corrompre, voler, tromper, mentir, intimider et tuer.

Ce roman n’est pas uniquement un polar, mais c’est aussi une lumière braquée sur les maux qui minent le Gabon : la corruption, le clanisme et la mauvaise gestion de la chose publique. Son auteur nous offre une peinture réaliste de la société gabonaise actuelle.

Depuis Une enquête au pays de Driss Chraïbi, premier volet des aventures de l’inspecteur Ali, que j’ai lu au lycée, je n’avais plus lu un roman policier africain. Les voleurs de sexe est une redécouverte de ce genre peu prisé en Afrique. Un genre pourtant très accessible qui mériterait qu’on lui accorde plus d’attention.

Editions Jigal, 2016

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